Le compositeur, musicologue et ingénieur du son Michel Fano s'est éteint le 31 août à l'âge de 96 ans. Figure intellectuelle exigeante, il a durablement transformé la place de la création sonore au cinéma en introduisant le concept novateur de « partitions sonores ».
Une approche scientifique de l'écoute
Élève d'Olivier Messiaen et proche de Pierre Boulez, Michel Fano a abordé la musique avec une rigueur analytique rare. Auteur de l'ouvrage Aspect de la musique contemporaine, il militait pour une « écoute active » de la part du public, qu'il comparait à un travail intellectuel similaire à la lecture ou à l'analyse d'une œuvre picturale. Son parcours, débuté par la composition sérielle et une collaboration critique sur l'opéra Wozzeck, témoigne d'une volonté constante de décloisonner les genres musicaux.
L'invention de la « partition sonore »
Face aux limites de la musique de film traditionnelle, Fano a développé une méthode singulière consistant à traiter les sons réels, instrumentaux ou électroniques comme des éléments structurels d'une narration. En travaillant avec une précision d'horloger, il créait une ambiguïté entre le son et l'image, refusant la simple synchronisation illustrative. Cette approche, saluée par ses pairs comme Philippe Manoury, a permis au son d'acquérir un statut artistique autonome, capable d'évoluer sur la durée d'un long-métrage.
Une empreinte majeure sur le cinéma d'auteur
La carrière de Michel Fano est indissociable des grandes heures de la Nouvelle Vague et du cinéma expérimental. Il a collaboré étroitement avec Alain Resnais, notamment sur Hiroshima mon amour et L'Année dernière à Marienbad, ainsi qu'avec Alain Robbe-Grillet. Son influence s'est également étendue au documentaire, où il a exploré le « continuum sonore » dans des œuvres sans paroles comme Le Territoire des autres, un film salué par Orson Welles pour sa dimension magique.
Transmission et héritage pédagogique
Au-delà de ses créations, Michel Fano a consacré une part importante de sa vie à la transmission. À travers ses émissions télévisées sur la musique contemporaine et ses sept années à la direction du département son de la Femis, il a formé plusieurs générations de techniciens et de créateurs. Son indépendance d'esprit et son soutien constant aux jeunes compositeurs laissent le souvenir d'un artiste autant passionné par la rigueur de la forme que par la curiosité intellectuelle.