Une facture de 17 milliards de dollars et des concessions sans précédent : Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, a cédé face à une avalanche de poursuites judiciaires aux États-Unis, mettant fin à un procès qui menaçait de lui coûter jusqu’à 1 400 milliards. Une capitulation qui impose des restrictions drastiques pour les mineurs, sous peine de voir son modèle économique remis en cause.
Un procès aux enjeux colossaux et une menace existentielle
Le géant technologique craignait une condamnation pouvant atteindre 1 400 milliards de dollars, soit la quasi-totalité de sa valorisation boursière, dans le cadre d’une trentaine d’États américains regroupant quelque 3 000 poursuites. Ces actions en justice visaient des violations du droit des consommateurs et la protection des mineurs en ligne, avec des conséquences potentielles comparables à celles subies par l’industrie du tabac au tournant du millénaire. Les États reprochaient à Meta d’avoir conçu des plateformes favorisant l’addiction et nuisant à la santé mentale des adolescents, notamment via des fonctionnalités comme le défilement infini ou les notifications intrusives.
Des mesures radicales pour éviter un désastre réputationnel
Plutôt que de risquer un procès public et une condamnation historique, Meta a préféré négocier un accord à 17 milliards de dollars et s’engager à transformer radicalement l’expérience des mineurs de 13 à 17 ans sur Facebook et Instagram. Parmi les restrictions imposées : des limites d’utilisation quotidiennes, des interdictions nocturnes sur les deux plateformes, et la suppression de fonctionnalités conçues pour maximiser l’engagement, comme le nombre illimité de clics sur le bouton « J’aime ». Ces changements pourraient s’étendre à l’ensemble du secteur, marquant un tournant dans la régulation des réseaux sociaux.
La faille juridique exploitée : le design addictif et l’asymétrie d’information
Les poursuites ont réussi là où d’autres tentatives avaient échoué, en ciblant non pas le contenu des plateformes, mais leur conception même. Aux États-Unis, la liberté d’expression et l’article 230 protègent les hébergeurs de la responsabilité des propos de leurs utilisateurs. Cependant, la justice a estimé que Meta avait délibérément conçu des fonctionnalités favorisant l’addiction, tout en dissimulant les risques pour les mineurs. Plus de 100 déclarations trompeuses de représentants de l’entreprise ont été identifiées, et des lanceurs d’alerte, dont Frances Haugen, ont révélé des recherches internes prouvant l’impact négatif des plateformes sur la santé mentale des adolescents. « Aux États-Unis, vous pouvez vendre du poison à condition que l’acheteur sache que c’est du poison. Ce que la justice reproche à Meta, c’est d’avoir caché cette information », résume un expert en droit technologique.
L’Europe et le cinéma s’engouffrent dans la brèche
Cette capitulation de Meta ne marque pas la fin des hostilités. D’autres procédures judiciaires sont en cours, comme l’appel dans l’affaire du Nouveau-Mexique, où Meta a déjà été condamné à 942 millions de dollars. Par ailleurs, l’Europe s’attaque elle aussi au design addictif des réseaux sociaux, tandis que le film *The Social Reckoning*, centré sur les *Facebook Files*, sortira cet automne. Ce long-métrage, qui dépeindra les dérives de Meta et de son PDG Mark Zuckerberg, risque de cristalliser l’opinion publique contre l’entreprise, à l’image de *Révélations* (1999) pour l’industrie du tabac. Une pression médiatique et judiciaire qui pourrait forcer Meta à accélérer ses transformations, sous peine de voir son modèle économique définitivement remis en cause.