Le géant des réseaux sociaux Meta a évité un procès historique en acceptant de verser 18 milliards de dollars pour mettre fin aux accusations d’avoir favorisé l’addiction des mineurs sur Instagram et Facebook. Cet accord, négocié avec 52 procureurs généraux américains, impose des restrictions inédites aux adolescents, tout en conditionnant les paiements à des mesures similaires chez ses concurrents.
Un accord colossal pour éviter un scandale durable
Meta a choisi la négociation plutôt que de risquer un procès aux conséquences comparables à celui qui avait ébranlé l’industrie du tabac dans les années 1990. L’entreprise, dirigée par Mark Zuckerberg, s’engage à verser 18 milliards de dollars sur dix ans, dont 70 % reviendront aux États signataires. Ces fonds seront notamment dédiés à des « initiatives en faveur de la sécurité des jeunes en ligne ».
Le montant, bien que colossal, reste absorbable pour Meta, dont le chiffre d’affaires prévu pour 2025 atteint 201 milliards de dollars. L’entreprise a d’ailleurs annoncé comptabiliser une charge juridique de 10 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, non prévue dans ses précédentes projections financières.
Des restrictions strictes pour les adolescents, mais temporaires
Les moins de 18 ans se verront appliquer des limites strictes : deux heures d’utilisation cumulées par jour sur Facebook et Instagram, un accès interdit entre minuit et six heures, et des notifications silencieuses pendant les heures de cours (8h-15h). Les adolescents pourront aussi désactiver l’algorithme de recommandation et supprimer la lecture automatique des contenus. Par ailleurs, les comptes ne montreront plus par défaut le nombre de « J’aime » ou de réactions, et les parents auront un contrôle renforcé, bien qu’ils puissent débloquer certaines restrictions.
Ces mesures, initialement prévues pour cinq ans, pourraient être prolongées et durcies à une heure d’utilisation maximale par application et un « mode Nuit » de 22h à 7h, si TikTok et YouTube acceptent de s’aligner. Les concurrents devront en effet appliquer une limite d’une heure par jour, un mode Nuit et des contrôles d’âge renforcés, sous peine de perdre 30 % des fonds promis à Meta.
Un précédent sans portée internationale… pour l’instant
L’accord, qui doit s’appliquer dans les six prochains mois, ne crée aucun précédent juridique en dehors des États-Unis. Il ne s’appliquera qu’aux adolescents des États signataires, laissant les autres juridictions libres de réguler ou non les plateformes. Cette précision limite l’impact global de l’accord, alors que des pays comme la France renforcent déjà leurs propres mesures de régulation.
Meta reste cependant sous pression : des milliers de plaintes similaires, dont 3 300 en Californie, menacent toujours l’entreprise. Par ailleurs, les investissements massifs du groupe dans l’intelligence artificielle et les centres de données (130 à 145 milliards de dollars cette année) pourraient être affectés par une baisse du temps passé par les adolescents sur ses plateformes, un levier clé de sa croissance publicitaire.