Un procès fédéral aux États-Unis met en lumière les pratiques controversées de Meta concernant la protection des adolescents sur Instagram. Un ex-ingénieur du groupe, Arturo Bejar, affirme que les outils de sécurité étaient « conçus pour échouer », révélant une stratégie délibérée au détriment du bien-être des jeunes utilisateurs.
Les faits essentiels
Lors d’un procès fédéral opposant une coalition de 29 États américains à Meta, l’ancien ingénieur Arturo Bejar a témoigné que les fonctionnalités censées protéger les adolescents sur Instagram étaient volontairement inefficaces. Selon lui, ces outils, comme les rappels pour faire une pause ou le mode silencieux, reposaient sur l’initiative des utilisateurs, ce qui les rendait quasi inutilisés. Bejar a comparé ce système à un « coussin gonflable qu’il faudrait activer manuellement à chaque trajet en voiture ».
Il a également révélé qu’il avait adressé un courriel à Mark Zuckerberg et d’autres dirigeants en 2021, soulignant que près de la moitié des utilisateurs d’Instagram rapportaient une expérience négative sur la semaine écoulée. Pourtant, seulement une centaine de signalements sur 10 000 aboutissaient à un retrait de contenu. Bejar a critiqué la priorité donnée au temps passé en ligne par les utilisateurs, mesuré pour évaluer les performances et les rémunérations, au détriment de la sécurité.
Pourquoi c'est important
Ce procès révèle une contradiction majeure entre les déclarations publiques de Meta et ses pratiques internes. Alors que le groupe affirme ne pas privilégier le profit sur la sécurité, Bejar a démontré que les outils de protection étaient conçus pour être inefficaces, avec des notifications optimisées pour maximiser le temps passé sur la plateforme. Cette stratégie, si elle est confirmée, pourrait avoir des conséquences graves sur la santé mentale des jeunes utilisateurs, déjà au cœur d’un débat public aux États-Unis.
Les États américains, menés par la Californie et le New Jersey, réclament près de 200 milliards de dollars de dommages et intérêts, accusant Meta d’avoir menti sur la dangerosité de ses plateformes. Le procès pourrait contraindre le groupe à une refonte forcée de ses fonctionnalités, sous peine d’amendes salées.
Ce qu'il faut surveiller
Le verdict, attendu fin septembre ou début octobre, sera rendu par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, et non par le jury, bien que celui-ci ait rendu un avis consultatif. Les prochaines étapes dépendront de la décision de la juge, qui pourrait imposer des changements structurels à Meta ou valider les arguments de la défense, selon laquelle la responsabilité de l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas scientifiquement établie.
Par ailleurs, ce procès pourrait servir de précédent pour d’autres actions en justice contre les géants des réseaux sociaux, notamment TikTok, Snapchat et YouTube, également accusés de contribuer à une crise de santé mentale chez les jeunes. Les familles et établissements scolaires impliqués dans ce contentieux attendent des mesures concrètes pour protéger les adolescents.