Un procès historique aux États-Unis met en lumière les pratiques controversées de Meta concernant Instagram. L’État du Tennessee accuse le géant des réseaux sociaux d’avoir délibérément ignoré ses propres recherches sur les dangers de sa plateforme pour les adolescents, au profit de ses revenus publicitaires.
Des alertes internes ignorées au profit de l’engagement
Lors des plaidoiries d’ouverture d’un procès de sept semaines à Nashville, les avocats de l’État du Tennessee ont révélé que les chercheurs de Meta avaient maintes fois alerté la direction sur les effets néfastes d’Instagram pour les jeunes utilisateurs. Ces études internes mettaient en garde contre des comportements compulsifs chez certains adolescents, liés à des troubles alimentaires, des dépressions et des automutilations. Pourtant, Meta n’a pas désactivé des fonctionnalités comme le défilement infini, les notifications ou la lecture automatique, conçues pour maximiser le temps passé sur la plateforme – et donc le nombre de publicités visionnées.
Un document interne de 2017, cité par l’accusation, soulignait même que ces mécanismes étaient « intrinsèquement incompatibles avec le bien-être » et appelait à une mise en garde du public. « Cette alerte n’a jamais été rendue publique », a dénoncé l’avocat de l’État, illustrant son propos par le son caractéristique d’une notification, symbole des mécanismes addictifs exploitant la dopamine chez les adolescents.
Un débat plus large sur la responsabilité des géants du numérique
Meta a rétorqué que ses équipes travaillaient activement à limiter les risques pour les jeunes, citant des outils de contrôle parental et des partenariats avec enseignants et parents. L’entreprise a également souligné sa transparence sur les contenus dangereux présents sur Instagram, affirmant corriger les problèmes identifiés. Ses avocats ont cependant mis en garde contre une responsabilité exclusive de l’entreprise dans des enjeux sociétaux complexes comme le suicide, l’exploitation des mineurs ou l’addiction, plaidant pour une « responsabilité partagée » entre acteurs publics, privés et familles.
Cette affaire s’inscrit dans un mouvement judiciaire plus large : près de tous les États américains ont engagé des poursuites contre Meta pour son impact présumé sur les enfants. Plus de deux douzaines de plaintes ont été regroupées dans une procédure fédérale en Californie, tandis que d’autres États, comme le Nouveau-Mexique, ont déjà obtenu gain de cause. Ce procès du Tennessee, deuxième à atteindre l’étape du jury, pourrait établir un précédent crucial dans la régulation des réseaux sociaux et la protection des mineurs en ligne.