Le conflit entre l'Arabie saoudite et les rebelles houthis au Yémen ne se limite plus à la péninsule arabique. Il s'étend désormais à la mer Rouge, transformant cette zone stratégique en un échiquier où s'entremêlent les intérêts de puissances régionales et internationales, au risque de déstabiliser durablement la Corne de l'Afrique.
L'impasse militaire de Riyad face aux Houthis
Malgré des investissements massifs dans sa défense, l'Arabie saoudite peine à sécuriser son territoire face aux frappes balistiques des Houthis. Le récent bombardement de l'aéroport de Riyad illustre la vulnérabilité du royaume, dont les ambitions de transformation économique, portées par le projet « Vision 2030 », sont entravées par cette instabilité. Ce conflit asymétrique, où la rébellion houthiste bénéficie d'un soutien iranien constant, place le prince héritier Mohammed Ben Salmane dans une position délicate : une escalade militaire semble inefficace, tandis que l'inaction fragilise son statut de leader régional.
La Corne de l'Afrique, terrain d'ingérences croisées
Les tensions en mer Rouge agissent comme un catalyseur pour les crises internes des pays de la rive africaine. Au Soudan, la guerre civile est exacerbée par le soutien financier et militaire de puissances étrangères : les forces gouvernementales sont appuyées par l'Égypte et la Turquie, tandis que les Forces de soutien rapide bénéficient de l'aide des Émirats arabes unis. Cette compétition pour l'influence et l'accès aux ressources agricoles et aurifères transforme la région en un terrain d'affrontement par procuration, où les pétromonarchies cherchent à sécuriser leurs approvisionnements alimentaires.
Le Somaliland et l'Éthiopie au cœur des convoitises
La quête de reconnaissance internationale du Somaliland, qui a récemment accueilli une présence militaire israélienne, attise les tensions avec Mogadiscio, renforçant les liens entre la Somalie et la Turquie. Parallèlement, l'Éthiopie, puissance démographique majeure, accroît la pression sur l'Érythrée pour obtenir un accès à la mer via le port d'Assab. Cette volonté éthiopienne, couplée aux contentieux persistants sur le barrage de la Renaissance avec l'Égypte et à la reprise des hostilités au Tigré, dessine un scénario préoccupant. L'imbrication de ces crises locales avec les enjeux de sécurité maritime en mer Rouge laisse craindre une dégradation sécuritaire majeure dans toute la Corne de l'Afrique.