Dans le Nord‑Kivu, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur une série de mesures imposées par les autorités du Front de libération nationale/M23 qui compliquent l’accès aux soins pour les survivants de violences sexuelles. L’organisation estime que ces directives violent le secret médical, découragent les victimes de se faire prendre en charge et font chuter le nombre de cas officiellement recensés.
Nouvelles exigences imposées aux victimes
Depuis plusieurs mois, les autorités locales exigent que toute personne déclarant une agression sexuelle présente des blessures visibles pour être reconnue comme victime. En outre, les survivants sont soumis à des examens médicaux que MSF qualifie d’intrusifs et médicalement injustifiés, destinés à « prouver » l’agression. Une autre contrainte majeure consiste à obliger les victimes à passer d’abord par la police avant de pouvoir accéder aux services de santé, ce qui expose davantage leurs identités et leurs récits à des risques de stigmatisation ou de représailles.
Pressions exercées sur les professionnels de santé
Les directives du M23 prévoient également des sanctions à l’encontre du personnel médical qui ne se conformerait pas aux nouvelles procédures. MSF souligne que ces menaces créent un climat de méfiance au sein des établissements de santé, où les équipes hésitent à offrir un accompagnement complet de peur d’être sanctionnées. Par ailleurs, les formulaires de prise en charge exigent désormais des informations sensibles – nom, adresse, et même des détails sur les auteurs présumés – compromettant ainsi le secret professionnel et augmentant les risques de persécution pour les victimes.
Impact sur la prise en charge et les données officielles
Selon l’organisation, ces restrictions ont entraîné une forte diminution des consultations liées aux violences sexuelles. Dans certaines structures, des dossiers ont même été retirés des registres, ce qui réduit le nombre officiel de cas signalés et masque l’ampleur réelle du problème. MSF indique que la baisse des signalements ne reflète pas une diminution des agressions, mais plutôt la peur croissante des survivants de se faire identifier et la réticence du personnel médical à documenter les faits.
Appel de MSF à rétablir un accès sécurisé et confidentiel
Face à cette situation, MSF réclame le respect des engagements internationaux garantissant un accès aux soins sans entrave, confidentiel et sécurisé pour les victimes de violences sexuelles. L’organisation invite les autorités du M23 à abandonner les exigences de preuve physique, à supprimer l’obligation de passer par la police et à cesser de collecter des données personnelles non essentielles. Elle insiste sur la nécessité de protéger le secret médical afin de restaurer la confiance des survivants et de permettre une prise en charge médicale adéquate, indispensable à la santé publique et aux droits humains dans la région.