Avec près de la moitié de sa population étrangère et une croissance démographique explosive, Mayotte est devenue le symbole des tensions migratoires en France. Entre promesses de fermetures des frontières, durcissement du droit du sol et crises humanitaires, le sujet s’impose comme un clivage majeur de la présidentielle 2027, alimentant les passes d’armes entre Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon.
Une île française sous pression démographique
En 2017, 48 % des habitants de Mayotte étaient de nationalité étrangère, principalement en provenance des Comores voisines, de Madagascar ou de la République démocratique du Congo. Selon l’Insee, la population de l’archipel a bondi de 26 % entre 2017 et 2026, atteignant 323 153 habitants. Pourtant, cette hausse s’explique davantage par une natalité soutenue – trois nouveau-nés sur quatre en 2025 ont une mère étrangère – que par un solde migratoire positif, celui-ci étant même légèrement négatif depuis 2017.
Des causes structurelles et des flux en mutation
L’écart de développement entre Mayotte et ses voisins explique en grande partie l’afflux migratoire. Le PIB mahorais est près de huit fois supérieur à celui des Comores, attirant une main-d’œuvre en quête de meilleures conditions. Si les Comoriens dominaient encore les demandes d’asile en 2021, ils ne représentent plus que 25 % des primo-demandeurs en 2024, devancés par les Congolais (52 %), fuyant les violences du M23 dans l’est de la RDC. Une partie de ces migrants voit aussi Mayotte comme une porte d’entrée vers l’Europe.
Un territoire au bord de l’asphyxie
Les infrastructures mahoraises, déjà fragilisées par le cyclone Chido en décembre 2024, peinent à absorber cette croissance. Les écoles surchargées, le système de santé en crise et un taux de pauvreté de 77,3 % en 2017 illustrent l’urgence. Les logements précaires, dont 35 % en tôle, abritent une majorité d’étrangers, tandis que les bidonvilles non recensés par l’Insee alimentent les tensions sur les dotations publiques. L’association France terre d’asile dénonce une réponse étatique trop répressive face à des problèmes structurels.
Paris durcit le ton, mais les solutions se heurtent aux réalités
Face à cette crise, l’État a adopté en 2025 une loi restreignant le droit du sol : désormais, les deux parents doivent résider légalement en France depuis un an (contre trois mois auparavant) pour qu’un enfant né à Mayotte obtienne la nationalité. Les opérations de reconduite à la frontière, comme « Wuambushu » ou « Mayotte Place nette », se multiplient, mais les dégâts du cyclone Chido ont ralenti les moyens de surveillance. Les tensions avec les Comores, qui revendiquent Mayotte, compliquent aussi les retours forcés, régulièrement bloqués par Moroni.
Présidentielle 2027 : le clivage migratoire s’affiche
Édouard Philippe, candidat Horizons, fait de la « fermeture des vannes de l’immigration » à Mayotte un pilier de sa campagne, proposant même de suspendre les demandes de regroupement familial et d’asile. Jean-Luc Mélenchon, lui, prône un dialogue avec les Comores et rejette la « démagogie ». Marine Le Pen, du Rassemblement national, va plus loin en réclamant l’abrogation totale du droit du sol et du regroupement familial. Entre fermetures administratives et appels au dialogue, le débat s’annonce explosif.