Le gouvernement mauricien amorce une réflexion profonde sur sa stratégie de lutte contre les stupéfiants, marquée par une volonté de rompre avec le tout répressif. Un comité technique de la National Agency for Drug Control a finalisé une évaluation des options législatives, allant de la dépénalisation à la légalisation du cannabis, afin de mieux répondre aux réalités sociales et économiques actuelles.
Un système carcéral saturé par la consommation
La législation actuelle, qui traite le cannabis avec une sévérité équivalente aux drogues dures, est au cœur des critiques. Les données disponibles indiquent que plus de 75 % des personnes incarcérées pour des infractions liées aux stupéfiants le sont pour des faits de simple consommation ou de possession de faibles quantités. Cette approche, jugée inefficace par les acteurs de la société civile, entrave durablement l'insertion professionnelle des jeunes en alourdissant leur casier judiciaire pour des délits mineurs.
Réorienter les ressources vers les drogues de synthèse
L'enjeu majeur de cette réforme est la lutte contre la prolifération des drogues de synthèse, dont le coût inférieur au cannabis facilite leur diffusion. Des organisations comme l'ONG Cure Mauritius et l'association Ailes soulignent que la répression actuelle mobilise des forces de l'ordre au détriment de la lutte contre ces substances plus nocives. Un contrôle étatique plus rigoureux sur le cannabis permettrait, selon ces acteurs, de libérer des moyens policiers et judiciaires pour démanteler les réseaux de trafic plus dangereux et limiter la circulation d'argent sale.
Le chanvre comme levier économique potentiel
Au-delà de la dimension sécuritaire et sociale, le comité technique explore également les opportunités liées à la culture du chanvre. L'idée est d'évaluer si une régulation spécifique pourrait transformer cette filière en une activité économique viable pour l'île. Cette réflexion s'inscrit dans une volonté globale de sortir d'un modèle purement répressif pour adopter une approche plus pragmatique, capable de concilier santé publique, sécurité intérieure et développement économique.