La masse monétaire au Sénégal affiche une croissance annuelle record de 15,4%, reflétant une économie en expansion et une confiance accrue des acteurs financiers. En mai 2026, la masse monétaire M2 atteint 12 287 milliards de FCFA, soit une progression de 1,1% sur un mois et de 15,4% sur un an. Cette dynamique, portée par l’augmentation des dépôts et des actifs extérieurs, interroge sur les perspectives de stabilité économique et d’inflation dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Une croissance tirée par les dépôts et la monnaie fiduciaire
La progression de la masse monétaire M2, qui inclut les dépôts à vue et les placements à court terme, s’explique principalement par l’essor des dépôts transférables (+20,5% sur un an) et de la monnaie fiduciaire en circulation (+16,6%). Les dépôts transférables, qui représentent près de la moitié de la masse M2, atteignent 5 866 milliards de FCFA, tandis que la monnaie fiduciaire s’élève à 3 732 milliards. Cette tendance suggère une augmentation de l’activité économique et une préférence des ménages et entreprises pour les placements liquides, dans un environnement où les taux d’intérêt restent attractifs.
Par ailleurs, la masse monétaire M1, qui ne comprend que la monnaie en circulation et les dépôts à vue, enregistre une hausse encore plus marquée de 18,9% sur un an, confirmant l’intensification des transactions courantes. Cette évolution pourrait indiquer une accélération de la consommation et des échanges, deux moteurs essentiels pour une économie en quête de croissance post-pandémie.
Actifs extérieurs nets : un signal contrasté pour la stabilité financière
Les actifs extérieurs nets, qui mesurent la position extérieure nette des institutions financières, s’affichent en forte hausse de 35,1% sur un an, atteignant 3 378 milliards de FCFA. Cette progression est principalement portée par les réserves détenues par la BCEAO (+54,2%), reflétant une amélioration de la position extérieure du pays. Cependant, les actifs extérieurs nets des banques commerciales reculent de 41,6%, signalant une possible réduction de leur exposition aux devises étrangères ou une stratégie de recentrage sur le marché local.
Cette divergence entre les réserves de la BCEAO et celles des banques commerciales pourrait refléter des arbitrages stratégiques dans un contexte de volatilité des taux de change et de pression sur les liquidités. Parallèlement, les créances sur les autres secteurs de l’économie progressent de 10,9% sur un an, tandis que les créances nettes sur l’administration centrale diminuent de 9,2% entre avril et mai, suggérant un désengagement partiel de l’État ou une meilleure gestion de sa dette.
Dans un contexte où l’inflation reste un sujet de préoccupation en Afrique de l’Ouest, cette croissance de la masse monétaire pourrait, à terme, exercer une pression haussière sur les prix. Les autorités monétaires devront donc veiller à équilibrer cette expansion avec des politiques prudentes pour éviter une surchauffe économique. La BCEAO, en particulier, devra surveiller de près l’évolution des actifs extérieurs et des créances sur l’État pour préserver la stabilité financière du pays.