Dans la ville de Maroua, au nord du Cameroun, des travailleurs informels s'installent chaque année le long du cours d'eau saisonnier Mayo Kaliao pour proposer un service de lavage‑repassage à prix très bas. Cette activité, qui attire une clientèle variée, met en concurrence les pressings traditionnels tout en soulevant des questions de sécurité et de conditions de travail.
Installation le long du Mayo Kaliao
Lorsque les pluies de la saison terminent, le fleuve temporaire devient un espace de travail pour une centaine de vêtements à la fois. Des hommes comme Kaïdama, actif depuis une décennie, et des jeunes comme Jean, 20 ans, s’y installent dès l’aube. Le tarif standard est de 200 francs CFA (environ 30 centimes d’euro) pour un vêtement lavé, frotté contre la pierre, séché au soleil puis repassé et emballé dans du plastique.
Revenus modestes et conditions précaires
Jean travaille généralement de 7 h à 19 h, répartissant sa journée en deux sessions. Il déclare gagner entre 20 000 et 30 000 francs CFA par mois, un revenu qui, bien que modeste, représente une source d’autonomie pour de nombreuses familles. Cependant, le travail dans les eaux fluctuantes comporte des risques : des crues soudaines peuvent emporter les lavandières, les vêtements et même les travailleurs. Jean a récemment perdu plus d’une cinquantaine de pièces emportées par le fleuve, ce qui l’a obligé à les rembourser.
Concurrence des pressings et préférence des clients
Le service rapide – les vêtements sont souvent rendus le jour même – séduit une clientèle allant des habitants modestes aux cadres d’organisations internationales. Maurice, employé d’une ONG, explique qu’il préfère faire appel à un lavandier qui vient même récupérer les habits à domicile, soulignant l’absence de vol ou de perte et la qualité du repassage. Cette préférence met la pression sur les pressings traditionnels, qui peinent à rivaliser avec les prix et la rapidité du service informel.
Jeunes femmes et diversification du secteur
Le phénomène n’est pas limité aux hommes. Des jeunes femmes comme Aïcha, 16 ans, proposent également leurs services, facturant 500 francs CFA pour un lavage en bassine ou 100 francs CFA par vêtement. Cette participation féminine élargit le profil socio‑économique du secteur et montre comment l’activité s’enracine progressivement dans la communauté locale, malgré les défis liés à la sécurité et à la régulation.