Maroc : une étude alerte sur la crise de confiance entre citoyens et institutions

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 34 lectures
Maroc : une étude alerte sur la crise de confiance entre citoyens et institutions

Une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD) met en lumière une crise profonde de la médiation politique au Maroc. Le rapport souligne que l'affaiblissement des partis et des élus fragilise le lien démocratique, exposant les institutions de l'État à une instabilité croissante face aux attentes citoyennes.

Un décalage entre aspirations démocratiques et confiance institutionnelle

Si une large majorité de Marocains, soit 68 %, demeure attachée à un système parlementaire pluraliste, la confiance envers les institutions reste paradoxalement faible : 33 % pour le gouvernement et 38 % pour le Parlement. Cette fracture s'explique par une crise de performance et de représentation. Les mécanismes traditionnels peinent à traduire les besoins de la population en politiques publiques, tandis que les partis politiques, souvent focalisés sur les échéances électorales, peinent à formuler des alternatives structurées ou à assumer pleinement les résultats de leur gestion.

L'accélération numérique face à la lenteur administrative

L'omniprésence du numérique, avec un taux d'utilisation d'Internet de 91 %, a bouleversé les dynamiques de débat public. La « fracture de débit démocratique » identifiée par le CAESD illustre le décalage entre la réactivité des citoyens sur les réseaux sociaux et la lenteur des cycles administratifs. Cette situation favorise l'émergence de mobilisations spontanées, comme celles de la génération Z en 2025, qui contournent les cadres partisans traditionnels. Le rapport souligne également que ce déficit de communication institutionnelle laisse le champ libre aux rumeurs, comme observé lors des événements migratoires à Sebta en 2026.

Responsabilité politique et recours aux technocrates

Le paysage partisan, marqué par une forte fragmentation, est également pointé du doigt. Le mode de calcul du quotient électoral a favorisé des majorités disparates, rendant la cohésion politique difficile. Par ailleurs, le recours croissant à des profils technocrates au sein du gouvernement pose la question de la redevabilité. Des recherches académiques indiquent que ces ministres répondent moins fréquemment aux questions parlementaires que leurs homologues issus de partis, distendant ainsi la chaîne de responsabilité entre l'élu et le citoyen.

Feuille de route pour une refondation à l'horizon 2035

Pour éviter une rupture progressive entre la société et ses institutions, le CAESD propose une stratégie articulée autour de huit priorités. Celles-ci incluent la clarification des responsabilités entre l'État et le gouvernement, le renforcement du rôle des partis comme espaces de réflexion, et l'instauration de protocoles de communication de crise. L'intégration de l'intelligence artificielle, sous réserve d'un encadrement éthique strict, est suggérée pour mieux synthétiser les contributions citoyennes. L'objectif final est de passer d'un scénario de simple « gestion d'image » à une véritable réparation institutionnelle, capable de restaurer la confiance d'ici 2035.

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