Une récente enquête d'opinion met en lumière le contraste saisissant qui caractérise la société marocaine actuelle, partagée entre une forte confiance institutionnelle et des difficultés matérielles persistantes. Alors que la majorité des citoyens salue l'évolution politique du Royaume depuis 2011, le pouvoir d'achat des ménages subit une baisse notable. Cet optimisme résilient se double d'un pragmatisme croissant dans les relations internationales et d'une évolution des mentalités chez les jeunes générations régionales.
Les faits essentiels
Selon une étude de la Fondation Konrad-Adenauer réalisée dans sept pays de la région, 81 % des Marocains estiment que la situation politique de leur pays s'est améliorée depuis le Printemps arabe de 2011, un taux largement supérieur à ceux de l'Égypte (68 %) et de la Tunisie (34 %). La confiance envers les institutions nationales est massive : elle atteint 95 % pour les services de sécurité et les institutions religieuses locales, et 84 % pour l'armée. Sur le plan économique, 60 % des sondés jugent la conjoncture nationale positive, marquant une progression de 21 points par rapport à 2020. Cependant, seuls 44 % des foyers marocains parviennent à couvrir leurs dépenses de base en 2026, contre 65 % en 2020. Malgré ce recul de 21 points du pouvoir d'achat, l'optimisme reste de mise, puisque 83 % des personnes interrogées anticipent une amélioration économique future.
Pourquoi c'est important
Ces données révèlent une résilience sociale remarquable au Maroc, où la confiance dans la stabilité politique et les institutions régaliennes compense en partie les difficultés financières quotidiennes. L'amélioration de l'image des partenaires internationaux illustre également cette dynamique. Par exemple, l'opinion favorable envers les États-Unis a grimpé à 64 % (+15 points depuis 2020), un bond directement lié à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara. De même, la perception positive des Émirats arabes unis progresse à 79 %. L'enquête démontre que les populations de la région adoptent une approche pragmatique des relations internationales : les alliances et les valeurs politiques s'effacent derrière la recherche d'intérêts économiques directs et d'investissements étrangers, plébiscités par près des deux tiers des sondés pour surmonter la crise.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs dynamiques régionales et nationales méritent une attention particulière dans les années à venir. D'une part, il faudra observer si l'optimisme des 83 % de Marocains prévoyant une amélioration économique se traduira par un redressement effectif de la capacité des ménages à couvrir leurs dépenses essentielles, actuellement sous forte pression. D'autre part, l'évolution des perceptions géopolitiques reste un indicateur clé, notamment face à l'influence croissante de la Chine dans la région (86 % d'opinions favorables en Jordanie, 81 % en Tunisie) et aux positions contrastées envers la Russie. Enfin, le fossé générationnel grandissant sur la question palestinienne constitue un point de vigilance majeur : le recul du soutien à la solution à deux États chez les jeunes de moins de 30 ans (seulement 34 % en Palestine, avec une tendance similaire au Maroc et dans les pays voisins) pourrait redéfinir l'avenir des équilibres politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.