Le Maroc a franchi une étape majeure dans sa politique sociale en portant le taux de couverture de l'Assurance maladie obligatoire (AMO) à 88 %, contre 42 % auparavant. Ce succès quantitatif place désormais le pays face à un impératif structurel : garantir un accès réel, qualitatif et financièrement soutenable aux soins pour l'ensemble des citoyens, sur tout le territoire.
Réguler la concurrence pour garantir l'équité
Le Conseil de la concurrence insiste sur la nécessité d'un secteur privé dynamique, capable d'investir sans pour autant créer des rentes de situation ou des barrières à l'entrée. Ahmed Rahhou, président du Conseil, souligne que la concentration des opérateurs doit servir la mutualisation des équipements et la qualité des soins, et non fausser le marché. L'enjeu est de taille : il s'agit d'éviter que les disparités géographiques entre les grands centres urbains et les zones rurales ne deviennent des obstacles insurmontables à l'accès aux soins.
La soutenabilité financière face à l'explosion de la demande
La montée en charge du système pèse sur les équilibres financiers. En 2025, les prestations servies par la CNSS ont atteint 23 milliards de dirhams, enregistrant une hausse de 17 % sur un an. Hassan Boubrik, directeur général de la Caisse, alerte sur le décalage entre la progression des dépenses et celle des ressources. Pour pérenniser le modèle, des mesures correctives sont envisagées : maîtrise des prix des médicaments, promotion des génériques, lutte contre la surfacturation et actualisation des tarifs de référence, dont certains n'ont pas évolué depuis 2006.
Adapter l'offre aux besoins réels
La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) appelle à une montée en puissance de l'offre de soins pour répondre à la demande démultipliée par la généralisation de l'AMO. Mehdi Tazi, son président, pointe les freins à lever pour encourager l'investissement privé : pénurie de ressources humaines qualifiées, lourdeurs administratives et rareté du foncier. L'objectif est de garantir une qualité de service homogène, que le patient se trouve à Casablanca ou dans des régions plus enclavées.
Le levier technologique pour réduire les fractures
Face aux limites géographiques, les autorités et les acteurs économiques misent sur l'innovation numérique. La télémédecine, l'intelligence artificielle et la robotique sont identifiées comme des outils clés pour « amener la médecine vers les gens ». Ces technologies, si elles sont encadrées par un cadre juridique protecteur des données, pourraient permettre de pallier le manque de spécialistes dans certaines zones et d'optimiser les parcours de soins, transformant ainsi une couverture théorique en une réalité tangible pour les assurés.