Maroc : Le procès de l'artiste Yasser Mounbir cristallise les tensions sur la liberté d'expression

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 72 lectures
Maroc : Le procès de l'artiste Yasser Mounbir cristallise les tensions sur la liberté d'expression

L'artiste Yasser Mounbir, âgé de 22 ans, comparaît ce mercredi 16 septembre devant le tribunal de première instance de Casablanca. Détenu à la prison d'Oukacha depuis la mi-juin, il est poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle et à un fonctionnaire public », des chefs d'accusation que son comité de soutien dénonce comme une manœuvre visant à criminaliser l'expression artistique pacifique.

Des poursuites liées à des publications numériques

Si les autorités ont initialement évoqué une altercation avec un agent de police lors de son interpellation, les proches de l'artiste et les observateurs estiment que les poursuites sont en réalité motivées par ses créations diffusées sur Instagram. Yasser Mounbir, suivi par plus de 12 000 abonnés, y publiait des dessins satiriques représentant le roi Mohammed VI dans des mises en scène détournées. Le code pénal marocain sanctionne sévèrement toute atteinte à la monarchie, avec des peines pouvant atteindre cinq ans d'emprisonnement ferme.

Un climat de répression accru contre les voix critiques

L'affaire Mounbir s'inscrit dans une séquence judiciaire marquée par une multiplication des procédures contre des artistes et des internautes. Le 11 septembre, le rappeur Tarek Tazi, alias T-Flow, a été condamné à dix mois de prison ferme à Fès pour avoir critiqué la politique gouvernementale. D'autres figures de la scène artistique, comme le rappeur Mehdi Black Wind, font également face à des poursuites pour « outrage », illustrant une volonté des autorités de reprendre le contrôle sur les espaces d'expression numériques.

Le débat sur les limites de la création artistique

Pour le collectif « Free Yasser », cette série d'arrestations témoigne d'une « tendance regrettable d'intimidation ». Les soutiens de l'artiste rappellent que l'article 28 de la Constitution marocaine garantit la liberté de création. De son côté, Mehdi Black Wind souligne le paradoxe d'une répression ciblée sur les créateurs indépendants, alors que certains médias aux lignes éditoriales virulentes ne font l'objet d'aucune poursuite. Cette confrontation entre la jeunesse connectée et les institutions pose la question de la place de la satire et de la critique politique dans le Maroc contemporain.

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