Le Maroc s'apprête à franchir une étape institutionnelle majeure avec le dépôt du projet de loi de finances 2027, prévu au plus tard le 20 octobre. Ce calendrier strict impose une gestion rigoureuse à la nouvelle coalition gouvernementale dirigée par Fatima Zahra El Mansouri, qui doit concilier les impératifs budgétaires hérités de l'exécutif sortant avec ses propres engagements électoraux.
Un calendrier institutionnel inflexible
La loi organique n° 130.13 impose un cadre temporel rigide pour la préparation et le dépôt du budget. Indépendamment des tractations politiques en cours pour la formation du nouveau gouvernement, le projet de loi doit être transmis à la Chambre des représentants avant le 20 octobre. Ce dossier complexe, qui comprend le rapport économique et financier ainsi que plusieurs rapports thématiques, doit respecter les orientations générales définies en Conseil des ministres. Si le Parlement ne parvenait pas à adopter le texte avant le 31 décembre, la loi prévoit des mécanismes de continuité, tels que l'ouverture de crédits par décret, pour assurer le fonctionnement des services publics.
L'équation des prévisions économiques
Le projet de budget repose sur des hypothèses macroéconomiques ambitieuses, incluant une croissance de 4,1 % et une inflation maîtrisée à 2 %. Toutefois, ces projections se heurtent à une réalité internationale volatile. Alors que les prévisions budgétaires tablent sur un baril de pétrole à 70 dollars, les cours mondiaux ont récemment évolué à des niveaux nettement supérieurs, dépassant les 100 dollars. Cette divergence souligne la difficulté d'établir des prévisions sincères, une exigence constitutionnelle rappelée par les experts, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.
Marge de manœuvre du nouvel exécutif
L'arrivée d'une nouvelle majorité soulève la question de l'appropriation du budget. Selon les spécialistes des finances publiques, le gouvernement dispose de leviers réels pour infléchir la trajectoire budgétaire. Des modifications peuvent être introduites avant le dépôt officiel du texte, ou lors de son examen parlementaire via des amendements portés par la majorité. À plus long terme, le recours aux lois de finances rectificatives demeure une option constitutionnelle pour ajuster les dépenses aux priorités politiques, notamment pour financer les engagements pris par le Parti authenticité et modernité (PAM) durant la campagne électorale.
La portée limitée de la note d'orientation
Bien que la note d'orientation budgétaire, publiée en août 2026, fixe des priorités telles que la rationalisation des dépenses et la consolidation de l'État social, elle ne lie pas politiquement le nouveau gouvernement. Si ce document sert de base administrative à la préparation technique, il n'empêche pas l'équipe entrante de redéfinir les priorités budgétaires. Le défi pour la coalition quadripartite sera donc de traduire ses promesses électorales, dont le coût est estimé à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, tout en préservant les équilibres financiers du pays.