Maroc : la parité femmes-hommes dans les médias reportée à 2087

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 30 lectures
Maroc : la parité femmes-hommes dans les médias reportée à 2087

Une étude récente met en lumière un recul préoccupant de la représentation des femmes dans les médias marocains. Réalisée par une organisation internationale avec le soutien d’une institution européenne, l’enquête souligne que, si la tendance actuelle se poursuit, la parité absolue entre hommes et femmes dans les contenus audiovisuels ne sera atteinte qu’en 2087.

Un cadre juridique en décalage avec la réalité

Le Maroc dispose pourtant d’un arsenal législatif moderne et de textes constitutionnels progressistes en matière d’égalité de genre. Cependant, l’étude révèle une « panne d’exécution » persistante, où les avancées juridiques se heurtent à des pratiques médiatiques encore marquées par des réflexes patriarcaux. Les routines rédactionnelles, dominées par une culture masculine, limitent la visibilité des femmes, qu’elles soient journalistes ou expertes.

Un recul statistique inquiétant

L’enquête indique une baisse du temps de parole des femmes dans les médias audiovisuels. Leur présence dans les journaux télévisés et les émissions d’information a diminué, passant sous la moyenne mondiale mesurée par un projet international de référence. Plusieurs obstacles structurels expliquent cette régression, parmi lesquels la rareté des données publiques régulières et des mécanismes de régulation jugés insuffisants.

Les défis du numérique et des périodes clés

L’espace numérique est identifié comme une zone à haut risque pour les professionnelles de l’information. Le cyberharcèlement et les campagnes de diffamation y sont fréquents, constituant une forme de violence symbolique visant à marginaliser les voix féminines. Par ailleurs, certaines périodes, comme le Ramadan, sont marquées par une augmentation des stéréotypes sexistes dans les contenus médiatiques, notamment à travers des formats humoristiques ou publicitaires.

Une expertise féminine sous-représentée

La présence des femmes en tant qu’expertes reste limitée, avec des taux d’intervention faibles et une ségrégation thématique marquée. Elles sont majoritairement sollicitées pour des sujets dits « féminins » ou sociétaux, tandis que les domaines politiques, économiques ou techniques restent largement dominés par des hommes. Cette répartition renforce des stéréotypes persistants sur les compétences des femmes.

Des pistes pour une réforme structurelle

Pour inverser cette tendance, l’étude propose plusieurs recommandations, dont la refonte d’un outil existant pour en faire un cadre contraignant, la création d’un système de mesure annuel de la parité, ou encore la mise en place d’une plateforme facilitant l’accès à des expertes. D’autres mesures incluent des clauses d’égalité dans les financements publics et un dispositif de signalement des contenus sexistes. Ces propositions s’appuient sur des entretiens avec des acteurs institutionnels, des journalistes et la société civile.

Cette étude, basée sur une méthodologie rigoureuse, souligne l’urgence d’une volonté politique forte pour transformer les déclarations d’intention en actions concrètes. Sans réformes structurelles, la parité dans les médias marocains restera un objectif lointain.

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