Les ménages marocains font face à une dégradation de leur capacité de remboursement, comme en témoigne la hausse de 6,7 % des créances en souffrance observée sur un an à fin août. Cette tendance, documentée par Bank Al-Maghrib, place désormais les particuliers au cœur des risques bancaires, alors que leurs impayés représentent 42 % du total des créances douteuses du système financier.
Une accélération des impayés plus rapide que le crédit
L'encours des créances en souffrance des ménages a atteint 44,7 milliards de dirhams. Ce chiffre est particulièrement préoccupant car il progresse nettement plus vite que l'octroi de nouveaux crédits, qui n'a augmenté que de 3,4 % sur la même période. Alors que les particuliers ne détiennent qu'un tiers de l'encours total des crédits bancaires, ils concentrent une part disproportionnée des impayés, avec un taux de créances en souffrance s'établissant à 11 %, contre 8,2 % pour l'ensemble du système bancaire.
Le poids des dépenses contraintes sur le revenu disponible
Cette fragilisation financière s'inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur le pouvoir d'achat. Malgré une légère baisse de l'indice des prix à la consommation, les ménages subissent la hausse marquée des coûts de l'énergie, avec des carburants en augmentation de 24 % sur un an, ainsi que le renchérissement de certains produits alimentaires volatils. Ces dépenses incompressibles réduisent mécaniquement la part du budget allouée au remboursement des mensualités, qu'il s'agisse de prêts à l'habitat ou de crédits à la consommation.
Des disparités sociales et territoriales persistantes
La situation est exacerbée par un marché du travail contrasté. Si le taux de chômage global a reculé, les disparités restent fortes, notamment chez les jeunes citadins où le taux atteint 35,4 %. Cette précarité de l'emploi limite la résilience des foyers face aux chocs économiques. Bien que les transferts des Marocains résidant à l'étranger soutiennent la consommation intérieure, ils ne suffisent pas à compenser les difficultés de remboursement pour les ménages les plus exposés, dont les marges de manœuvre sont devenues quasi inexistantes.
La pression spécifique des crédits à la consommation
Le dynamisme des crédits à la consommation, en hausse de 5,1 %, exerce une pression plus immédiate sur les budgets familiaux que les prêts immobiliers, en raison de durées de remboursement plus courtes et de taux d'intérêt plus élevés. Malgré une détente relative des taux d'intérêt pour les particuliers au deuxième trimestre, la tendance aux impayés ne ralentit pas. Ce décalage suggère que la capacité de remboursement est désormais davantage dictée par l'évolution des revenus réels et des charges fixes que par les conditions de financement bancaire elles-mêmes.