Une mesure controversée menace l'accès à l'enseignement supérieur au Maroc. Plusieurs universités imposent des droits d'inscription exorbitants aux étudiants fonctionnaires et salariés, provoquant une mobilisation sans précédent.
Un système de tarification contesté
Des universités marocaines ont instauré des frais d'inscription pouvant atteindre 20 000 dirhams par an pour les étudiants salariés et fonctionnaires, soit près de six mois de salaire minimum. Ces montants, justifiés par un prétendu « temps aménagé » ou une « formation continue », sont dénoncés comme illégaux par une coordination nationale d'étudiants lésés. Selon eux, ces tarifs violent la Constitution, qui réserve au législateur le droit d'instaurer des taxes, et instaurent une double imposition pour des contribuables déjà soumis à l'impôt. Sur un cursus doctoral de quatre ans, la facture pourrait dépasser 80 000 dirhams, poussant certains à abandonner leurs études.
Les pratiques observées dans certains établissements, comme l'Université Ibn Tofail, aggravent la situation. Des étudiants initialement inscrits en régime ordinaire se sont vu réclamer ces sommes rétroactivement, ou sommés de prouver leur statut de sans-emploi. Une telle démarche, qualifiée de discriminatoire, contrevient au principe constitutionnel de non-rétroactivité des lois et instaure une hiérarchie sociale dans l'accès au savoir.
Enjeux politiques et revendications
L'affaire a pris une dimension parlementaire, avec des interpellations au gouvernement sur les « dérives » de cette politique. Une députée a souligné que ces frais conditionnent l'accès à l'éducation à la capacité financière plutôt qu'au mérite académique, sapant les fondements d'un système éducatif équitable. Par ailleurs, l'organisation pédagogique des cours, souvent calée sur les horaires de travail des salariés, rend impossible la conciliation entre obligations professionnelles et universitaires, exposant les étudiants à des sanctions professionnelles.
Face à cette crise, les étudiants exigent l'annulation immédiate de ces tarifs, la suspension de leur application rétroactive et la clarification du cadre juridique encadrant ces frais. Le ministère de l'Enseignement supérieur est sommé de garantir un accès universel à l'enseignement supérieur, conformément aux principes constitutionnels. La mobilisation, soutenue par des syndicats et des organisations de droits de l'Homme, pourrait redéfinir les règles de financement de l'éducation au Maroc.