Marly Fontaine, artiste originaire de la communauté d’Uashat‑mak Mani‑Utenam, occupe depuis le printemps dernier un studio‑résidence au Musée d’art contemporain de Montréal. Son projet mêle enseignement de la langue innu, création d'objets symboliques et expérimentation académique, afin de faire revivre une culture marquée par les pensionnats.
Une résidence qui place la langue au cœur du processus créatif
Dans son atelier aménagé comme un salon, Fontaine propose deux ateliers – les 17 octobre et 12 décembre – où adultes et enfants apprennent des mots innus qu’ils gravent ensuite sur des savons. Le savon, habituellement utilisé dans les pensionnats pour « laver la bouche » des enfants autochtones, devient ici un support de résistance : « Je l’utilise pour préserver notre langue », explique l’artiste. Les pièces réalisées pourront être conservées par les participants ou intégrées à une installation prévue par Fontaine.
Sculptures et performances pour témoigner des traumatismes des pensionnats
Parallèlement à l’atelier, deux sculptures en acier représentant des ceintures de chasteté sont exposées près d’un sofa de la bibliothèque du MAC. L’une porte le numéro de bande d’un ancien pensionnaire masculin, l’autre celui de Fontaine, qui se décrit comme « un dommage collatéral des pensionnats » après avoir subi des abus sexuels. Une performance vidéo montre Fontaine, lors d’une commémoration du pensionnat de Pointe‑Bleue, déposer une croix, assembler des roches en tombeau d’enfant, puis se purifier avec une tortue en acier, avant de purifier le public. La réaction émotive des anciens pensionnaires a renforcé son engagement.
Déposer un mémoire de maîtrise à l'oral : une première à l'UQO
En 2025, Fontaine a obtenu une dérogation de l’Université du Québec en Outaouais pour déposer son mémoire de maîtrise en muséologie sous forme d’enregistrement audio de deux heures quatorze minutes. Ce choix rend hommage à la tradition orale innue et sert de vecteur de sensibilisation aux réalités des pensionnats. Le geste a été symbolisé par la coupe de sa tresse, acte traditionnellement réservé au deuil ou à un changement majeur.
Vers une thèse vidéo sur l’identité innue moderne
Actuellement doctorante en projet, Fontaine prévoit de rencontrer les aînés de sa communauté pour explorer ce que signifie être innu aujourd’hui, entre langue, territoire et héritage colonial. Sa thèse prendra la forme d’un documentaire vidéo, poursuivant ainsi la logique d’une transmission visuelle et orale. Le MAC pourrait soutenir cette prochaine exposition, offrant une plateforme supplémentaire pour faire connaître l’histoire et la culture innues à un public plus large.