La journaliste camerounaise Marie-Roger Biloa, figure incontournable des médias panafricains, utilise son éditorial pour dénoncer l’absence prolongée du pouvoir et l’acoutumance d’une société à l’immobilisme politique. Son appel à une refondation institutionnelle et morale du Cameroun dépasse la simple critique du régime en place.
Une voix historique contre l’immobilisme politique
Marie-Roger Biloa incarne une tradition journalistique rare en Afrique : celle d’un observatoire critique où l’Afrique se regarde sans fard. Depuis plus de trois décennies, elle a fait d’Africa International bien plus qu’un magazine : un espace de confrontation intellectuelle et politique. Son parcours, marqué par des responsabilités au sein de Jeune Afrique et la direction de publications comme Ici-Les Gens du Cameroun, témoigne d’une fidélité à l’idée que le continent doit se raconter lui-même, avec ses contradictions et ses ambitions.
Ses récentes chroniques, publiées alors que le pouvoir camerounais est perçu comme absent, vont bien au-delà de la polémique sur la gouvernance. Marie-Roger Biloa y dénonce une société qui a intégré l’anormal comme normal, où l’immobilisme devient une culture politique. Son vocabulaire, volontairement brutal, vise à réveiller plutôt qu’à anesthésier. Elle refuse la résignation et pose une question centrale : le Cameroun peut-il confondre stabilité et immobilisme ?
Vers une refondation politique et morale
L’originalité de son approche réside dans sa capacité à dépasser la critique pour esquisser un projet de société. Marie-Roger Biloa ne se contente pas de décrire l’épuisement d’un système ; elle en propose une sortie. Son concept de « transition » ne désigne pas seulement une période entre deux présidences, mais un moment de refondation institutionnelle, politique et morale. Elle formule cinq exigences pour éviter une simple reproduction des élites : empêcher la transmission familiale du pouvoir, exclure les responsables des dérives passées, respecter les mécanismes constitutionnels, organiser des élections transparentes et rompre avec les cercles fermés du pouvoir.
Cette vision s’appuie sur une conviction forte : une alternance peut changer les hommes sans changer les pratiques. Une nouvelle majorité peut reproduire les anciennes exclusions. Son plaidoyer vise donc à éviter que la transition ne devienne une simple opération de recyclage des élites. En refusant toute logique dynastique, elle pose une question fondamentale : à qui appartient l’État ? Aux citoyens ou à une caste dirigeante ?
Son style, marqué par des images fortes et une indignation assumée, force le débat. Elle divise, mais elle rappelle une vérité essentielle : une démocratie qui ne supporte plus les voix qui dérangent n’est déjà plus tout à fait une démocratie. Marie-Roger Biloa, par son engagement, incarne cette liberté de ton qui, lorsqu’elle s’appuie sur une expérience et une connaissance des dossiers, devient un pilier de la vitalité démocratique.