Face à la multiplication des commissions d'enquête parlementaires au Sénégal, le journaliste Mamoudou Ibra Kane exhorte les personnalités publiques à privilégier la confrontation aux faits plutôt que le boycott. Il souligne la nécessité d'un contrôle rigoureux de l'action publique tout en rappelant que la mission de l'Assemblée nationale ne saurait se substituer à celle de l'institution judiciaire.
La fin de la politique de la chaise vide
L'audition récente d'Abdou Karim Fofana, ancien directeur général de l'Agence générale du patrimoine bâti de l'État, a relancé le débat sur la posture des responsables politiques face aux convocations parlementaires. Pour Mamoudou Ibra Kane, la pratique de la chaise vide est contre-productive. Il estime que les acteurs concernés ont tout intérêt à répondre aux questions des députés pour défendre leur gestion, tout en suggérant que l'opposition devrait plutôt exiger l'élargissement du champ des investigations à d'autres dossiers jugés sensibles, plutôt que de contester la légitimité de la procédure.
Le défi de l'efficacité des commissions d'enquête
Le rappel historique des dossiers passés, tels que les affaires des 94 milliards de francs CFA, des vivres de soudure ou encore les chantiers de l'ANOCI, illustre une certaine méfiance citoyenne. Ces enquêtes antérieures, dont les conclusions n'ont pas toujours abouti à des suites concrètes, servent de mise en garde. Si le contrôle parlementaire est un pilier de la Constitution, il doit, selon l'analyste, se garder de toute confusion des rôles : l'Assemblée nationale dispose d'un pouvoir d'investigation politique, mais elle ne possède pas les prérogatives de la justice pénale.
Une exigence de vigilance citoyenne et institutionnelle
Au-delà de l'enceinte parlementaire, Mamoudou Ibra Kane appelle à une synergie entre la vigilance des citoyens et le travail des corps de contrôle de l'État. Il pointe du doigt des secteurs stratégiques comme le foncier, la pêche et les programmes sociaux, tels que l'initiative « Un étudiant, un ordinateur », qui nécessitent une transparence accrue. L'enjeu est de transformer ces mécanismes de contrôle en outils réels de bonne gouvernance, en évitant que les rapports d'audit ne restent sans suite. Pour l'observateur, la transparence dans la gestion des deniers publics doit être une norme acceptée par tous les acteurs de la vie nationale.