L'ancien député Mamadou Diop Decroix dresse un constat sévère sur l'état actuel de l'Assemblée nationale sénégalaise, qu'il juge en perte de crédit face à une multiplication des crises institutionnelles. Cette analyse souligne une dégradation profonde du climat parlementaire, marquée par des tensions persistantes entre le pouvoir législatif et l'Exécutif, rappelant, selon lui, les heures les plus sombres de l'histoire politique du pays.
Une reconfiguration des rapports de force
La dynamique politique a été profondément bouleversée par l'élection d'Ousmane Sonko à la présidence de l'Assemblée nationale, survenue après son départ du gouvernement en mai 2026. Ce basculement a déplacé le centre de gravité du pouvoir vers l'hémicycle, créant une coexistence complexe entre le président Bassirou Diomaye Faye, son gouvernement et une Assemblée dirigée par son principal allié. Pour Mamadou Diop Decroix, cette situation s'apparente à un « harcèlement institutionnel » qui fragilise le fonctionnement normal de l'État.
Le débat sur la légitimité et les normes juridiques
Au cœur des critiques figure la question de la légitimité parlementaire. La réintégration d'Ousmane Sonko à l'Assemblée, malgré une condamnation pénale devenue définitive en janvier 2024, cristallise les oppositions. Ce cas soulève des interrogations majeures sur l'application du Code électoral et de la Constitution, ainsi que sur le respect des décisions de justice, alimentant un débat juridique qui dépasse le simple cadre des affrontements partisans.
Instabilité constitutionnelle et recours à la force
L'ancien ministre s'inquiète également de la multiplication des tentatives de révision constitutionnelle par la majorité, dont certaines ont été censurées par le Conseil constitutionnel. Selon lui, cette instabilité législative nuit à l'image du Sénégal sur la scène internationale. Par ailleurs, la fréquence des interventions des forces de sécurité au sein de l'hémicycle pour évacuer des élus est perçue comme un signe alarmant. Mamadou Diop Decroix compare cette atmosphère de confrontation à la crise politique de 1962, soulignant le caractère exceptionnel et préoccupant du recours à la force dans l'enceinte parlementaire.