L'ancien président de commission parlementaire Mamadou Bamba Ndiaye met en garde contre la transformation des enquêtes législatives en outils de communication politique. Il souligne la nécessité de restaurer la rigueur institutionnelle face à une médiatisation croissante qui menace la crédibilité du contrôle parlementaire.
La dérive du spectacle médiatique
Pour Mamadou Bamba Ndiaye, la frontière entre le travail d'investigation et la mise en scène est devenue poreuse. Si l'ouverture des auditions au public est un principe démocratique, leur retransmission en direct sur les réseaux sociaux est perçue comme un risque majeur de dévoiement. L'ancien député rappelle que la mission première d'une commission est de recueillir des témoignages et d'analyser des faits, et non de transformer les auditions en tribunes d'accusation ou en quête d'aveux publics. Le processus doit aboutir à un rapport formel, présenté en plénière, avant toute communication officielle.
Les limites juridiques de la contrainte
L'expérience passée de l'ancien parlementaire, notamment lors de l'enquête sur la vente de l'avion présidentiel sous l'ère Abdoulaye Wade, illustre les difficultés liées à la comparution des témoins. À l'époque, l'absence de Latif Coulibaly avait mis en lumière le vide juridique concernant la force contraignante des convocations. Bien que des propositions aient été formulées pour rendre la comparution obligatoire sous peine de sanctions, le Conseil constitutionnel a jugé ces mesures excessives, limitant ainsi les marges de manœuvre des parlementaires pour contraindre les récalcitrants.
Le défi du contrôle des fonds spéciaux
Interrogé sur les enquêtes actuelles concernant les fonds politiques et spéciaux, Mamadou Bamba Ndiaye affiche une réserve prudente. Il estime que l'efficacité du contrôle parlementaire sur ces ressources budgétaires ne peut reposer uniquement sur des commissions d'enquête ponctuelles. Selon lui, une réforme législative profonde est indispensable pour instaurer une véritable transparence. Il craint, à défaut d'un cadre juridique robuste, que ces travaux ne soient instrumentalisés à des fins électoralistes, perdant ainsi leur vocation de contrôle de l'action publique au profit d'une simple stratégie de confrontation politique.