Un vidéaste peul, suivi pour ses prises de position critiques, a été incarcéré au Mali après avoir dénoncé l’absence de bilan de la transition et la légitimité du pouvoir en place. Son arrestation, survenue lors d’un événement public, illustre la répression croissante des voix dissidentes dans le pays.
Contexte et faits marquants
Djiby Barry, connu pour ses vidéos commentant l’actualité peule et les sujets de société, a été placé sous mandat de dépôt le 28 juillet par le pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité. Son crime ? Avoir critiqué, dans une vidéo largement diffusée, l’absence de bilan de la transition militaire et le fait que le général Assimi Goïta, chef de l’État, n’ait jamais été élu. Arrêté le 24 juillet alors qu’il assistait à un concert à Bamako, il a passé le week-end en garde-à-vue avant d’être présenté au procureur puis au juge d’instruction.
Les chefs d’accusation retenus contre lui – « atteinte au crédit de l’État » et « publication de fausses informations » – s’appuient sur des vidéos où il aborde également des sujets sensibles comme les déguerpissements de marchés à bétail ou l’inflation des prix lors de la Tabaski. Son arrestation, qualifiée d’« abusive » par son entourage, s’inscrit dans un climat où les critiques envers le régime sont de plus en plus réprimées. Djiby Barry, membre de l’association peule Tabital Pulaaku sans y exercer de fonction, n’est pas le premier à subir cette répression, mais son cas rappelle l’étau qui se resserre sur les libertés fondamentales.
Enjeux et perspectives
Cette affaire soulève des questions sur l’état de la liberté d’expression au Mali, déjà fragilisée depuis le coup d’État de 2020. Les poursuites engagées contre un créateur de contenu, dont les propos relèvent davantage de l’opinion que de la désinformation, illustrent une tendance à instrumentaliser la cybercriminalité pour museler les voix dissidentes. Les proches de Djiby Barry dénoncent une instrumentalisation du droit pour étouffer toute critique, tandis que l’enquête se poursuit sans date de procès fixée.
Dans un pays où les tensions communautaires et les défis socio-économiques persistent, cette arrestation risque d’alimenter les frustrations et de polariser davantage le débat public. Elle pose aussi la question de la crédibilité des institutions judiciaires, alors que les observateurs s’interrogent sur l’impartialité des procédures engagées contre les opposants au régime. L’issue de ce dossier pourrait servir de baromètre pour l’avenir des libertés au Mali.