Quatre mois après son enlèvement par des hommes encagoulés de la Sécurité d’État malienne, Mountaga Tall, avocat et ancien ministre, ainsi que son fils Cheick Mamadou, restent portés disparus. Leurs proches, privés de toute information officielle, exigent une preuve de vie et dénoncent un silence des autorités jugé « calculé et indigne d’un État de droit ».
Un enlèvement sans fondement judiciaire
Mountaga Tall et son fils ont été arrachés à leur domicile début mai, sans mandat ni explication. Depuis, aucune charge n’a été officiellement formulée à leur encontre, laissant planer le doute sur les motivations réelles de leur détention. « À ce jour, rien de concret ne leur est reproché », souligne un membre de la famille, qui dénonce une stratégie visant à étouffer toute velléité de contestation. Les autorités maliennes, tant politiques que judiciaires, maintiennent un mutisme total, refusant même de confirmer leur lieu de détention.
Des militants pro-démocratie ciblés en cascade
Mountaga Tall et Cheick Mamadou ne sont pas les seuls à avoir disparu dans ces circonstances. D’autres figures de la société civile, comme Youssouf Daba Diawara ou Moussa Djiré, président du « Mouvement politique et citoyen Yiriwa 223 », ont également été enlevées début mai. Ces arrestations s’inscrivent dans une vague de répression contre les opposants, perçue comme un moyen d’écraser toute voix dissidente sous la transition actuelle. Maître Mamadou Ismaila Konaté, ancien ministre de la Justice et proche de la famille, y voit une « stratégie délibérée » : « Les dirigeants veulent qu’on oublie Mountaga et les autres, qu’on ait peur de parler d’eux. Et malheureusement, cela fonctionne. »
L’ONU siffle la fin de la récréation, Bamako reste sourd
Début juillet, le Comité des disparitions forcées de l’ONU a interpellé l’État malien, exigeant des clarifications sur le sort réservé à Mountaga Tall et son fils. Les experts onusiens ont demandé à Bamako de préciser si les deux hommes sont bien détenus sous l’autorité de l’État, d’identifier le lieu de leur incarcération et de justifier juridiquement leur emprisonnement. Deux mois plus tard, aucune réponse n’a été apportée. Cette absence de réaction officielle alimente les craintes d’un déni systématique, où l’État se soustrairait à ses obligations internationales.
La famille en quête de vérité, malgré l’opacité
« Aujourd’hui, ce que je voudrais, c’est une preuve de vie et de bonne santé », confie un proche des disparus. L’angoisse des familles, mêlée à un sentiment d’injustice, grandit chaque jour. « Sont-ils bien traités ? Quelles sont leurs conditions de détention ? », s’interrogent-ils, sans obtenir la moindre réponse. Face à ce blocage, les proches appellent à une mobilisation internationale, estimant que le silence des autorités maliennes ne peut plus être toléré. « Si les autorités ont quoi que ce soit contre eux, qu’ils les poursuivent en justice, publiquement ! », martèle un membre de la famille, rappelant que cette situation « n’est pas digne d’un État de droit ».