Mali : objectif cotonnier 2026-2027 sous haute tension

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 47 lectures
Mali : objectif cotonnier 2026-2027 sous haute tension

Le Mali maintient un objectif ambitieux pour sa filière cotonnière, avec une production visée de 598 500 tonnes de coton-graine pour la saison 2026-2027. Cet objectif représente une hausse significative par rapport aux 433 700 tonnes enregistrées lors de la saison précédente, reflétant la volonté des autorités de renforcer ce secteur stratégique.

Cependant, plusieurs obstacles menacent la réalisation de cette cible. À la fin de la période normale des semis, des retards dans la distribution des engrais, des irrégularités pluviométriques et des paiements en attente pèsent déjà sur les perspectives. Début juillet, une délégation conduite par le ministre de l’Agriculture et le PDG de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) a inspecté des parcelles dans les régions de Bougouni, Koumantou et Sikasso. Malgré un hivernage tardif, l’état végétatif des cultures était jugé satisfaisant, mais les responsables ont souligné l’exigence de la période en cours.

L’équation nationale repose sur des hypothèses précises : 630 000 hectares emblavés et un rendement moyen de 950 kilogrammes à l’hectare. Ces chiffres impliquent une progression de 17 % de la productivité et une augmentation globale de près de 38 % de la production. La CMDT, acteur central de la filière, joue un rôle clé en encadrant les producteurs, en organisant la collecte, l’égrenage et la commercialisation. Le coton constitue en effet la deuxième source de recettes d’exportation du pays, après l’or, et soutient directement plusieurs millions de Maliens.

Pour accompagner cette ambition, l’État a mobilisé un budget de 164,389 milliards de francs CFA, tandis que la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a apporté un soutien de 25 milliards pour faciliter la collecte et l’égrenage. Malgré ces efforts, des tensions persistent sur le terrain. Des producteurs de Kita et de Yorosso ont signalé des retards dans la livraison des engrais subventionnés, certains n’en ayant toujours pas reçu, tandis que d’autres attendaient le paiement de leur coton. Ces dysfonctionnements risquent de décourager les exploitants, d’autant que le prix d’achat reste fixé à 300 francs CFA le kilogramme, un niveau jugé insuffisant par certains observateurs.

Les aléas climatiques aggravent la situation. Selon les prévisions d’AGRHYMET, l’hivernage pourrait démarrer de manière normale à tardive, avec des séquences sèches prolongées et un déficit pluviométrique persistant dans l’Ouest du pays. Une fertilisation tardive ou des pluies mal réparties pourraient compromettre les rendements escomptés.

Par ailleurs, la filière malienne doit faire face à une concurrence régionale accrue. Le Bénin, redevenu premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest, coordonne le C4+, un groupe qui rassemble également le Burkina Faso, le Tchad et la Côte d’Ivoire. Ce cadre vise à défendre des prix mondiaux plus avantageux et à promouvoir une transformation locale accrue. Toutefois, ces initiatives ne résolvent pas les défis immédiats auxquels sont confrontés les producteurs maliens, notamment l’accès aux intrants et la trésorerie des exploitations.

Malgré ces pressions, l’objectif de 598 500 tonnes reste théoriquement accessible, même si la marge de manœuvre se réduit progressivement. La capacité du Mali à surmonter ces obstacles dépendra de la coordination entre les acteurs publics, privés et les producteurs, ainsi que des conditions climatiques à venir.

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