Mali : l'OMASP pour contrôler toute la chaîne de l'or

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 31 lectures
Mali : l'OMASP pour contrôler toute la chaîne de l'or

Le Mali, dont l’or représente 75 % des exportations nationales et 25 % des recettes publiques, s’engage dans une réforme majeure pour reprendre le contrôle de sa filière aurifère. Avec la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP), adopté à l’unanimité par le Conseil national de Transition en 2026, Bamako entend verrouiller toute la chaîne de valeur, du creusement des mines à l’exportation des lingots.

Un secteur minier sous tension

L’or est le poumon économique du pays, faisant vivre près de deux millions de Maliens. Pourtant, des études publiées en 2024 révèlent que des volumes importants de métal précieux quittent le territoire sans être déclarés. Selon des estimations, entre 30 et 57 tonnes d’or seraient exportées illicitement chaque année, représentant une valeur comprise entre 1 200 et 2 300 milliards de francs CFA. Sur la période 2012-2022, ces exportations non déclarées auraient engendré des pertes estimées à près de 8 000 milliards de francs CFA pour les finances publiques.

Les autorités soulignent des écarts persistants entre les volumes d’or officiellement déclarés à la sortie du Mali et ceux enregistrés par les pays importateurs. Cette asymétrie reflète l’ampleur des fraudes et des pertes fiscales subies par l’État. Face à cette situation, le gouvernement a engagé une série de mesures pour formaliser et encadrer le secteur.

L’OMASP, pilier de la réforme

Placé sous l’autorité du ministère de l’Industrie et du Commerce, l’OMASP devient l’unique entité habilitée à exporter l’or malien. Ses missions incluent la centralisation de la commercialisation des substances précieuses, le renforcement de la traçabilité de la production, ainsi que la lutte contre les circuits illicites. L’office vise particulièrement l’or issu de l’orpaillage artisanal, un segment largement informel qui emploie des millions de Maliens.

Cette réforme s’inscrit dans un programme plus large de restructuration du secteur minier, lancé depuis 2023. Parmi les mesures déjà mises en œuvre figurent un nouveau code minier, portant à 30 % la participation de l’État dans les projets industriels, ainsi que des audits ayant permis de recouvrer des centaines de milliards de francs CFA d’arriérés auprès de sociétés minières.

Vers une transformation locale

Un autre volet clé de cette stratégie réside dans la construction d’une raffinerie d’or à Sénou, près de Bamako, avec l’appui de partenaires étrangers. Dotée d’une capacité annuelle de 200 tonnes, cette infrastructure doit permettre au Mali de passer de l’exportation d’or brut à la transformation locale. L’objectif est de générer davantage de valeur ajoutée sur place et d’améliorer la traçabilité du métal précieux.

Cette réforme s’accompagne d’une volonté affichée de lutter contre l’orpaillage anarchique et ses impacts environnementaux. Elle marque ainsi une étape importante dans la quête de souveraineté économique du pays, où l’or, longtemps exporté sans contrôle, doit désormais servir au développement national.

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