Mali : l'insécurité et le manque de fonds paralysent la réponse sanitaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 19 lectures
Mali : l'insécurité et le manque de fonds paralysent la réponse sanitaire

Au Mali, la réponse humanitaire fait face à une double impasse critique, marquée par une insécurité persistante et un déficit de financement de près de deux tiers des ressources nécessaires. Alors que plus de 3,7 millions de personnes ont besoin d'une assistance sanitaire, la propagation simultanée de plusieurs épidémies accentue la pression sur un système de santé déjà fragilisé. Cette situation entrave gravement l'accès aux soins et les campagnes de vaccination dans les régions du Nord et du Centre.

Les faits essentiels

Selon les données épidémiologiques établies par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, la situation sanitaire est alarmante. Sur une population nationale estimée à 24,5 millions d'habitants, 3,7 millions nécessitent une aide d'urgence. Le Cluster Santé cible 1,6 million de personnes, alors que 61 333 personnes sont déjà touchées. Pourtant, le financement ne suit pas : seuls 9,7 millions de dollars ont été mobilisés sur les 30,5 millions requis, soit un taux de financement de 31,9 % à 36,9 % selon les indicateurs.

Cette crise financière est doublée d'une crise sécuritaire qui provoque d'importants déplacements de population. En juillet, 3 781 personnes ont fui leurs localités, dont un flux majeur de 2 814 déplacés de Kouakourou vers Mopti. Ces mouvements favorisent la propagation de plusieurs maladies.

La diphtérie totalise 753 cas suspects et 37 décès depuis juillet 2025. Pour la dengue, 413 cas confirmés et un décès ont été enregistrés de janvier à fin juillet. Le Mpox a réapparu avec 6 cas en juillet (dont 4 à Bamako et 2 à Kalabancoro), portant le bilan annuel à 26 cas et un décès. La rougeole progresse également avec 248 cas confirmés, touchant désormais 19 districts sanitaires. Enfin, trois décès suspectés de rage humaine ont été signalés à Kayes, et deux décès dus au tétanos néonatal ont été enregistrés dans le Nord et le Centre.

Parallèlement, la couverture vaccinale reste très faible, atteignant seulement 38,02 % pour la première dose contre la polio et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole.

Pourquoi c'est important

L'insécurité dans le Nord et le Centre, notamment autour de Gao et Kidal, paralyse l'acheminement des médicaments, les campagnes de vaccination et les supervisions médicales. Les déplacements massifs de populations non vaccinées vers des zones urbaines ou d'autres localités créent un terrain propice à l'explosion des foyers épidémiques. De plus, le manque de ressources financières, avec près de 68 % de fonds manquants, limite drastiquement la capacité de déploiement des secours. Maintenir des structures de santé théoriquement ouvertes ne suffit plus si l'insécurité empêche physiquement les patients d'y accéder et les soignants d'y acheminer les intrants vitaux.

Ce qu'il faut surveiller

La survie de la réponse sanitaire dépendra de la capacité à mobiliser rapidement les financements manquants et à sécuriser les voies d'accès pour les équipes humanitaires. Malgré les difficultés, 415 444 consultations ont pu être menées en juillet. Les prochaines étapes clés de l'intervention des partenaires incluent le lancement d'une campagne de vaccination contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation face au risque d'Ebola, ainsi que le prépositionnement stratégique de stocks de médicaments à Gao pour ravitailler les régions du Nord et du Centre.

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