Alors que l’hivernage s’installe au Mali, la menace des crues fluviales pèse sur des centaines de milliers de personnes. Malgré des stocks d’urgence prépositionnés et une expérience opérationnelle avérée, le protocole d’action précoce contre les inondations révèle des failles critiques : retards de formation, incohérences financières et coordination perfectible.
Un dispositif logistique en progression, mais des maillons faibles persistants
Le protocole d’action précoce, financé par un fonds d’urgence international, cible jusqu’à 4 000 ménages à travers le pays, avec un budget pluriannuel de près de 500 000 francs suisses. Ses acquis sont tangibles : des stocks répartis dans quatre régions (Kayes, Sikasso, Mopti, Gao) incluant kits d’abris, couvertures, moustiquaires et produits sanitaires, ainsi que des exercices de simulation pour tester la réactivité des acteurs. En 2022, une activation dans la région de Mopti avait permis d’assister 271 ménages et de protéger 3 045 personnes, illustrant l’efficacité potentielle du système.
Pourtant, ces préparatifs se heurtent à des retards humains et organisationnels. Les formations des volontaires et du personnel n’ont pas été finalisées, tandis que des activités de sensibilisation et des consultations techniques ont été reportées, notamment en raison de l’insécurité dans certaines zones. La participation des jeunes a également été limitée par des attentes de rémunération non comblées, et des représentants institutionnels ont été mobilisés tardivement lors d’un exercice, faute de convocations transmises à temps.
Finances opaques et ciblage à préciser : les défis d’un système sous tension
Le volet financier du protocole soulève des interrogations majeures. Deux montants différents apparaissent pour le budget annuel, avec un écart inexpliqué de plus de 11 000 francs suisses. Les dépenses totales, s’élevant à près de 181 000 francs, révèlent des anomalies : un dépassement de 53 000 francs pour les abris, contre un déficit de 84 000 francs pour les activités d’eau, assainissement et hygiène. Ces écarts, attribués à des erreurs de transfert, nécessitent des corrections pour garantir la transparence des comptes.
La sélection des bénéficiaires et l’adéquation des stocks restent également floues. Les 80 kits d’abris et de cuisine disponibles ne couvrent qu’une infime partie des 4 000 ménages ciblés, laissant planer le doute sur leur répartition. Par ailleurs, le rapport ne détaille pas comment les besoins spécifiques des femmes, des enfants, des personnes âgées ou en situation de handicap seront pris en compte. Enfin, l’absence de données sur l’efficacité du système de plaintes et d’observations des communautés limite l’évaluation de sa réactivité.
Face à ces lacunes, les experts recommandent de renforcer les actions anticipatoires, les systèmes d’alerte et la coordination entre services météorologiques, hydrologiques et de protection civile. L’enjeu n’est plus seulement matériel : il s’agit de s’assurer que l’ensemble du dispositif puisse mobiliser les équipes, alerter les populations et acheminer l’assistance en moins d’une semaine, avant que les seuils de crue ne soient franchis.