La Présidence de la République malienne a ordonné une nouvelle mission d'inspection à l'Institut National de Prévoyance Sociale (INPS), le premier organisme de sécurité sociale du pays. Cette fois, le signal de départ ne provient pas d'une routine administrative, mais d'une directive présidentielle directe. La mission, dépêchée d'urgence, aura pour mandat de réaliser une vérification approfondie — financière et de performance — portant sur les neuf premiers mois de gestion de l'actuel Directeur Général.
Un bilan financier déjà catastrophique révélé par le vérificateur général
Le rapport du Bureau du Vérificateur Général (BVG), couvrant la période 2021-2025, avait déjà plongé dans l'effroi : 15 925 298 453 FCFA non régularisés. Les auditeurs avaient relevé une dérive des privilèges carburant, avec 1 000 litres attribués mensuellement au Contrôleur Financier et plus de 44 000 litres consommés par l'ancienne direction, ainsi que des distributions gratuites de bons d'essence à des tiers. L'inflation des effectifs atteignait 2 939 agents recrutés en trois ans sans plan de recrutement validé par le Conseil d'Administration ni par la tutelle, sur fond d'irrégularités d'âge et de faux diplômes. Enfin, 10 milliards de FCFA avaient été injectés dans le capital de la BMS au lieu des 5 milliards autorisés, en violation des règles de la comptabilité publique. Le dossier avait été transmis au Pôle National Économique et Financier ainsi qu'à la Cour des Comptes.
Neuf mois de gestion actuelle passés au crible
Si le premier rapport dressait le bilan du passé, l'audit présidentiel s'attaque directement au management en place. La Présidence pose ainsi trois questions fondamentales : les pratiques d'embauche non planifiées ont-elles été définitivement stoppées ? La distribution anarchique du carburant et des primes indues a-t-elle pris fin ? Les procédures de passation des marchés et de dépenses respectent-elles désormais le cadre légal ? Ce nouvel examen constitue un test de la volonté réelle d'assainir la gestion publique au sommet de l'État.
L'INPS, poumon social sous surveillance
L'INPS n'est pas une entreprise publique ordinaire : c'est le réceptacle des cotisations de milliers de travailleurs et le garant des retraites des aînés du Mali. L'institution ne peut plus se permettre d'être le théâtre d'inspections répétées sans que des mesures correctives et des sanctions exemplaires ne soient appliquées. La décision présidentielle envoie un message clair : l'impunité appartient au passé et le changement de gouvernance ne doit pas rester un slogan. Des sanctions et des réformes concrètes sont attendues pour restaurer la confiance des Malien(ne)s dans cette institution essentielle.