Le déplacement du Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, à Alger marque la fin d'une période de quinze mois de tensions diplomatiques entre Bamako et Alger. Ce rapprochement, scellé par une volonté mutuelle de normalisation, vise à restaurer une coopération stratégique indispensable pour faire face aux défis sécuritaires et économiques du Sahel.
Une normalisation diplomatique actée
La visite du 24 août 2026, effectuée à l'invitation du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, constitue l'aboutissement d'un processus de détente entamé en juillet dernier. Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens ont permis de rétablir un dialogue direct entre les deux capitales. Cette dynamique s'appuie sur la doctrine algérienne des « 3P » (Présence, Patience, Persévérance), privilégiant la concertation malgré la dénonciation par Bamako de l'Accord d'Alger en janvier 2024. Le Président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé la constance de cette relation de voisinage, soulignant que la réalité géographique et historique finit par s'imposer aux évolutions politiques.
Sécurité et enjeux opérationnels
La coopération sécuritaire demeure le pilier central de ce partenariat, dans un contexte régional fragilisé par la menace terroriste et la sortie du Mali de la CEDEAO. L'Algérie, acteur historique de la médiation malienne, renforce son engagement opérationnel dans la zone. Cette posture se traduit par un soutien militaire accru, illustré par l'appui fourni au Niger voisin lors de la mutinerie du 28 août 2026. Par ailleurs, l'efficacité de cette collaboration est déjà tangible, notamment à travers la libération récente de militaires maliens détenus par des groupes armés, une opération facilitée par l'entremise d'Alger.
Leviers économiques et intégration régionale
Au-delà de la sécurité, les deux États entendent dynamiser leurs échanges commerciaux via la réactivation de la Grande Commission mixte et du Conseil bilatéral stratégique. Les secteurs des hydrocarbures, des télécommunications, de la formation professionnelle et des transports ont été identifiés comme des axes prioritaires. L'achèvement de la route transsaharienne, dont les travaux sont réalisés à plus de 90 %, représente un atout logistique majeur pour concrétiser cette ambition économique commune.
Une vision souverainiste pour le Sahel
Les deux pays affichent désormais une convergence de vues sur la gouvernance régionale, prônant le respect strict de la souveraineté nationale et le refus de toute ingérence extérieure. Cette approche, qui rejette les prétentions hégémoniques et le néocolonialisme, vise à stabiliser l'espace sahélien par le dialogue. Pour le Mali, confronté à une situation sécuritaire complexe dans le nord, ce partenariat avec l'Algérie s'impose comme une nécessité stratégique pour assurer la pérennité de l'État et le développement partagé des populations frontalières.