La 17ᵉ édition de l'enquête d'opinion Mali-Mètre révèle un contraste saisissant au sein de la population urbaine malienne en 2026. Si le soutien aux autorités de la Transition et la satisfaction sécuritaire restent élevés, l'appréciation de la situation générale du pays enregistre un net recul face aux difficultés économiques et énergétiques. Malgré ces tensions quotidiennes, l'optimisme des citoyens pour l'avenir demeure solidement ancré.
Sécurité en hausse, crise énergétique en toile de fond
Menée du 10 au 24 avril 2026 auprès de 2 220 personnes dans le district de Bamako et dix capitales régionales, l'enquête montre que 54,5 % des sondés estiment que la situation générale s'est améliorée, soit une baisse de 14,2 points par rapport à 2025. Le domaine sécuritaire donne satisfaction : 74,6 % des habitants constatent une baisse de l'insécurité et 94,2 % soutiennent les forces de défense. En revanche, le mécontentement est vif sur le plan énergétique et économique. L'accès à l'électricité suscite 66 % d'insatisfaction, un taux qui culmine à plus de 97 % à Tombouctou et Gao. De plus, la crise du carburant a provoqué une hausse du coût de la vie pour plus de 72 % des hommes et 77 % des femmes. Sur le plan politique, la gestion de la Transition satisfait 88,5 % des sondés, bien que la confiance envers le président Assimi Goïta ait baissé de 13,9 points en deux ans pour s'établir à 72,1 %. Enfin, la confiance envers la justice s'effondre à 46,7 % (contre 75,1 % en 2025), principalement en raison de la corruption perçue.
Le paradoxe entre adhésion géopolitique et urgence sociale
Ces résultats mettent en lumière une dualité majeure : une forte adhésion politique et militaire coexiste avec une impatience sociale grandissante. Le soutien massif à la Transition, à la coopération avec la Russie (86,3 % de confiance cumulée) et à la Confédération de l'Alliance des États du Sahel (84,3 % de satisfaction) valide les orientations géopolitiques actuelles. Cependant, l'érosion de la confiance envers le système judiciaire et la baisse de popularité personnelle du chef de l'État signalent une exigence accrue de redevabilité. Les crises cumulées de l'électricité et du carburant pèsent lourdement sur l'activité économique et le quotidien des ménages, ce qui pourrait fragiliser le consensus social si les conditions de vie continuent de se détériorer.
Défis sécuritaires et attentes économiques : les points de bascule
Plusieurs dynamiques cruciales seront à suivre dans les prochains mois. Tout d'abord, l'impact des attaques complexes survenues le 25 avril 2026, juste après la fin de la collecte des données, pourrait modifier la perception sécuritaire très positive enregistrée dans ce rapport. Il conviendra également d'observer la capacité du gouvernement à répondre aux attentes prioritaires exprimées : la lutte contre l'insécurité, la création d'emplois pour les jeunes et la résolution des délestages électriques. Enfin, l'espoir de 77,7 % des sondés qui anticipent une amélioration à court terme sera mis à l'épreuve de la réalité économique, tandis que l'absence de données sur les zones rurales laisse entière la question de l'opinion des populations hors des grands centres urbains.