Trois ans après l’adoption de la Constitution du 22 juillet 2023, qui a instauré la IVe République, le Mali reste dans une phase de transition politique prolongée. Le texte fondateur, approuvé par référendum en juin 2023, a redéfini l’équilibre des pouvoirs et prévu de nouvelles institutions, mais son application se heurte à l’absence de scrutin présidentiel.
Le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020 avait marqué le début d’une période d’incertitude institutionnelle. Bien que la nouvelle Constitution ait été promulguée, les organes qu’elle prévoit – notamment un président élu, une Assemblée nationale et un Sénat – n’ont pas été installés. Le Conseil national de Transition continue d’exercer les fonctions législatives, tandis que l’exécutif est dirigé par les autorités issues des changements de 2020 et 2021.
Plusieurs reports de l’élection présidentielle ont été annoncés depuis 2024, sans qu’aucune date concrète ne soit fixée. Initialement prévue pour février 2024, puis reportée à septembre de la même année, l’échéance a été repoussée à nouveau, sans nouveau calendrier. La révision de la Charte de la Transition en juillet 2025 a prolongé la durée du mandat du président de la Transition, lui confiant des fonctions de chef de l’État pour cinq ans, renouvelables jusqu’à la « pacification du pays ». Cette disposition laisse ouverte la possibilité d’une élection anticipée, mais sans garantie d’un calendrier précis.
Les autorités justifient ces délais par des impératifs de sécurité et de stabilisation, conditionnant la tenue d’un scrutin à un environnement apaisé. Cependant, l’absence de cadre légal pour les partis politiques complique davantage la situation. En mai 2025, l’ensemble des formations politiques a été dissous, et les textes encadrant leur fonctionnement ont été abrogés. Une nouvelle législation est en préparation, mais son adoption dépendra des concertations annoncées pour 2026.
Dans ce contexte, l’appel de l’Union africaine en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel et de l’organisation d’élections a été lancé lors d’une visite officielle à Bamako en juillet 2026. L’organisation panafricaine, qui suspend le Mali de ses instances depuis 2021, a réaffirmé son soutien tout en insistant sur le respect de la souveraineté nationale. Selon les analystes, cette intervention constitue davantage une incitation qu’une contrainte, son impact dépendant des décisions internes.
Pour les observateurs, le retour à une pleine légitimité institutionnelle passe nécessairement par l’élection d’un président et la restauration des mécanismes démocratiques. La Constitution de 2023, bien qu’avancée majeure, ne peut à elle seule garantir la stabilité sans une mise en œuvre concrète des institutions qu’elle prévoit. La crédibilité d’un futur scrutin dépendra ainsi de la capacité des autorités à créer un environnement propice, tant sur le plan sécuritaire que politique.