Lors du 65e anniversaire du Mouvement des non-alignés (NAM) à Belgrade, le président ghanéen John Mahama a salué l’héritage de Kwame Nkrumah et des autres figures fondatrices, tout en rappelant l’importance de l’autonomie stratégique pour les pays du Sud dans un monde multipolaire.
Un hommage aux pères fondateurs du NAM
Le président Mahama a rendu un vibrant hommage à Kwame Nkrumah, premier président du Ghana, ainsi qu’à Josip Broz Tito (Yougoslavie), Jawaharlal Nehru (Inde), Gamal Abdel Nasser (Égypte) et Sukarno (Indonésie), figures emblématiques de la création du NAM en 1961. Ces dirigeants, réunis à Belgrade alors que le monde était divisé par la Guerre froide, ont posé les bases d’une politique étrangère indépendante pour les nations nouvellement indépendantes.
Selon Mahama, Nkrumah a incarné cette vision en affirmant que le Ghana devait adopter une politique étrangère autonome, refusant de s’aligner sur les blocs de puissance. Son célèbre adage, « Nous ne faisons face ni à l’Est ni à l’Ouest, nous faisons face vers l’avant », symbolisait cette quête d’indépendance et de souveraineté.
Le NAM, un héritage toujours pertinent face aux défis contemporains
Mahama a souligné que le NAM, né dans le contexte de la Guerre froide, reste un outil essentiel pour les pays du Sud dans un monde marqué par de nouvelles formes de domination, qu’elles soient économiques, technologiques ou géopolitiques. Il a pointé du doigt les pressions persistantes sur les nations en développement, notamment à travers la compétition géopolitique, les vulnérabilités économiques et l’accès inégal aux financements et aux technologies.
Pour le président ghanéen, le NAM doit aujourd’hui évoluer pour répondre aux défis actuels : réforme de l’architecture financière mondiale, justice climatique, dette souveraine et accès aux technologies. Il a insisté sur la nécessité pour les pays du Sud de préserver leur autonomie stratégique et de ne pas devenir des « instruments des intérêts géopolitiques rivaux ».
Une politique de neutralité active, loin de l’indifférence
Mahama a clarifié que la neutralité prônée par le NAM n’équivaut pas à une passivité face aux injustices ou aux conflits. Au contraire, il a rappelé que Nkrumah défendait une « politique de neutralité positive », fondée sur l’action et l’engagement pour la paix, le désarmement et le développement. Le NAM, selon lui, doit rester un acteur collectif capable d’influencer l’ordre international pour le rendre plus équitable.
Le président a conclu en réaffirmant que le Ghana, héritier de cette tradition, continuerait à porter cette voix dans les instances multilatérales, tout en appelant à renforcer la coopération Sud-Sud pour défendre les intérêts communs des nations en développement.