Depuis octobre 2025, Madagascar accélère son rapprochement avec Moscou à un rythme qui rappelle les mécanismes d’influence russe observés ailleurs en Afrique. En huit mois, le pays a franchi une série d’étapes décisives : visites officielles, livraisons d’armes, formation militaire, création d’un parti politique et d’une chambre de commerce russo-malgache, tout en laissant planer le doute sur une éventuelle présence militaire à Diego-Suarez.
Un rythme d’engagement sans précédent
Chaque mois, une nouvelle étape marque le rapprochement entre Antananarivo et Moscou. En novembre 2025, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, séjourne à Moscou pour discuter d’énergie, mines et pêche. En janvier 2026, des instructeurs russes d’Africa Corps, héritier institutionnalisé de Wagner, viennent former l’armée malgache. En février, un accord couvrant tous les domaines est signé, ouvrant la voie à des collaborations dans l’agriculture, la géologie, la santé et la sécurité.
Des leçons de l’histoire récente
Ce modèle rappelle celui observé à Bangui, où la Russie a progressivement pris le contrôle d’institutions clés. Or, l’histoire montre que ce type d’allégeance coûte cher. Cuba a connu un effondrement économique après la chute de l’URSS, tandis que le Venezuela a vu son économie s’effondrer malgré un soutien russe. À Madagascar, les accords miniers et énergétiques risquent de devenir des hypothèques sur les ressources nationales, négociées dans l’opacité par des acteurs sans mandat clair.
Les risques d’une dépendance stratégique
Outre les enjeux économiques, la création d’un parti politique soutenu par Moscou, diffusé par African Initiative, soulève des questions sur l’indépendance du processus électoral. Les collaborations entre la CENI malgache et des institutions russes inquiètent quant à la transparence du scrutin. Par ailleurs, l’implantation de la banque russe PSB, sous sanctions internationale, expose Madagascar à des risques financiers majeurs.
Un silence stratégique de la Chine
Pendant que la Russie s’engage activement, la Chine adopte une stratégie d’insertion discrète. Agnostique vis-à-vis des régimes, Pékin mise sur l’État et ses leviers à long terme : dette, commerce, infrastructures. Cette approche contraste avec l’offre russe, centrée sur le pouvoir politique. Cependant, un régime capturé par Moscou pourrait limiter la marge de manœuvre de Pékin dans ses négociations futures.
La nécessité d’un État souverain
La vraie question n’est pas de choisir entre les parrains, mais de renforcer l’État malgache pour négocier en position de force. Le non-alignement, autrefois une idée malgache, doit être réinventé non pas comme un équilibre entre puissances, mais comme un engagement à construire les capacités internes du pays. Bangui montre que la capture devient irréversible quand les alternatives sont épuisées. À Madagascar, ces alternatives restent encore ouvertes.