Le secteur du bambou à Madagascar entre dans une phase de structuration grâce à trois projets majeurs qui visent à sécuriser la chaîne de valeur, de la plantation à la commercialisation. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique et de promotion d’une agriculture résiliente.
INBar : un appui financier de 2 M$ pour poser les bases de la filière
Financé par l’Agence chinoise de coopération internationale pour le développement (Cidca), le programme INBar mobilise deux millions de dollars afin de renforcer les compétences des acteurs locaux. Le dispositif prévoit des formations techniques, la mise en place d’infrastructures de transformation et le suivi de bonnes pratiques de gestion forestière. L’objectif premier est de créer un cadre institutionnel qui permette aux producteurs de bambou d’accéder à des marchés plus structurés et de garantir la traçabilité du produit.
Partenariat avec la Fédération luthérienne mondiale : valorisation de la fibre
En parallèle, un projet d’appui conduit avec la Fédération luthérienne mondiale (FLM) cible spécifiquement la transformation de la fibre de bambou. Les activités comprennent la recherche de procédés de fabrication de papier, de panneaux composites et d’objets de décoration, ainsi que le soutien à des petites et moyennes entreprises locales. Ce partenariat vise à créer des débouchés à forte valeur ajoutée, réduisant ainsi la dépendance aux exportations de matières premières non transformées.
B‑Resilient : sécuriser l’approvisionnement et développer le charbon écologique
Le troisième levier, B‑Resilient, se concentre sur la création d’une pépinière dédiée à la multiplication de variétés de bambou à haut rendement. En garantissant un approvisionnement stable en matière première, le projet facilite la production de charbon écologique, une alternative propre aux combustibles fossiles. Le programme inclut également le renforcement des compétences artisanales pour la fabrication de meubles et d’autres produits commercialisables, ouvrant de nouvelles perspectives d’emploi dans les zones rurales.
Impacts attendus sur l’agriculture et la nutrition animale
Selon le président du Centre malgache des ressources et des technologies du bambou (CMBart), Jean‑Yves Razafindrakoto, le bambou possède des propriétés nutritives qui le rendent apte à servir d’aliment pour le bétail et d’engrais organique. Des études locales suggèrent une amélioration de 10 % de la qualité du lait et de 12 % du volume produit lorsqu’il est intégré à l’alimentation des ruminants. Cette double fonction – fourrage et fertilisant – pourrait contribuer à la sécurité alimentaire tout en réduisant les coûts de production agricole.
Perspectives de développement durable et création d’emplois
En consolidant la filière bambou, Madagascar mise sur un secteur à faible empreinte carbone capable de générer des emplois verts, notamment dans les zones les plus pauvres. La combinaison d’investissements étrangers, de partenariats associatifs et d’initiatives locales crée un écosystème propice à l’innovation et à la résilience face aux changements climatiques. Le suivi des premiers résultats, prévu d’ici deux ans, permettra d’ajuster les stratégies et d’étendre le modèle à d’autres régions du pays.