Madagascar : le président Randrianirina lance « Torohy » pour traquer la corruption au fisc et exige des sanctions concrètes

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 23 lectures
Madagascar : le président Randrianirina lance « Torohy » pour traquer la corruption au fisc et exige des sanctions concrètes

Vendredi 9 octobre, le colonel Michaël Randrianirina a inauguré la plateforme « Torohy » à l'hôtel Carlton Anosy. Cet outil numérique permet aux citoyens de signaler directement les actes de corruption au sein de la Direction générale des impôts. Le chef de l'État conditionne la crédibilité de l'initiative à l'ouverture d'enquêtes et à l'application de sanctions, y compris judiciaires, contre les agents fautifs.

Un canal direct pour dénoncer les irrégularités fiscales

Conçue par la Direction générale des impôts (DGI), la plateforme « Torohy » offre au public la possibilité de reporter des demandes d'argent illégales, des abus de fonction ou des traitements de faveur accordés à certains contribuables. Lors du lancement, en présence des responsables du ministère de l'Économie et des Finances, le président a exprimé une inquiétude majeure sur l'ampleur du phénomène, avançant l'estimation personnelle que 90 % des employés pourraient faire l'objet de plaintes. Il a insisté sur l'obligation pour les supérieurs hiérarchiques de traiter les dossiers, même lorsque les accusations visent leurs proches collaborateurs, et de transmettre les cas avérés à la justice.

Extension aux Douanes et au Trésor public

Le chef de l'État ne compte pas s'arrêter à l'administration fiscale. Il souhaite voir ce dispositif répliqué au sein de la Direction générale des douanes et de la Direction générale du Trésor public. Michaël Randrianirina a notamment pointé du doigt les commissions réclamées pour accélérer le paiement des marchés publics, les écarts de taxation injustifiés entre opérateurs économiques et les privilèges fiscaux octroyés à certains contribuables. Ces pratiques, selon lui, participent à l'appauvrissement du pays et compromettent le fonctionnement des institutions.

Un doublon avec I-Toroka qui pose la question de l'effectivité

Madagascar dispose pourtant déjà d'un système de dénonciation en ligne depuis 2019. Le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) gère « I-Toroka », une plateforme permettant de transmettre des informations sur des faits présumés de corruption. L'arrivée de « Torohy » relance donc la question centrale du traitement effectif des signalements : la multiplication des canaux ne garantit pas, en soi, la suite judiciaire ou disciplinaire attendue par les citoyens.

L'exigence de suites judiciaires face aux résistances internes

Le président a reconnu que des résistances étaient à prévoir de la part d'agents souhaitant préserver leurs avantages personnels, faisant référence aux revendications de bonne gouvernance exprimées lors des événements de 2025. Il a appelé les fonctionnaires à accepter les réformes et à renoncer aux pratiques illégales. La mesure du succès de « Torohy » se jouera désormais sur le nombre de dénonciations débouchant sur des investigations, puis sur des poursuites lorsque les accusations seront confirmées. C'est sur ces résultats concrets que les responsables de l'administration fiscale seront jugés.

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