Face à un bilan national marqué par 65 ans d'instabilité politique et une pauvreté touchant près de 80 % de la population, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation, appelle à une transformation systémique du pays. Loin d'une simple transition, ce processus ambitionne de restructurer les institutions malgaches pour répondre aux aspirations citoyennes et mettre fin aux crises cycliques.
Un diagnostic sévère sur la gouvernance
Le constat dressé par le colonel Randrianirina est sans appel : Madagascar s'appauvrit continuellement depuis son indépendance. Il identifie la corruption endémique comme le moteur principal de cette dégradation socio-économique. Le dirigeant souligne également l'instabilité chronique du pouvoir exécutif, notant que les mandats présidentiels successifs sont régulièrement interrompus, empêchant toute continuité dans la gestion des affaires publiques. Pour lui, cette fragilité institutionnelle est le symptôme d'un système à bout de souffle qui nécessite une refonte totale.
Vers une nouvelle architecture électorale et constitutionnelle
Le projet de refondation repose sur une concertation nationale inclusive, débutant au niveau local dans les fokontany pour remonter vers les instances nationales. Ce dialogue, soutenu par le Conseil des Églises (FFKM), vise à définir un nouveau cadre électoral et constitutionnel. Le colonel Randrianirina remet ouvertement en cause la crédibilité de l'actuel Code électoral ainsi que le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L'objectif affiché est d'organiser un référendum constitutionnel suivi d'élections générales en 2027, une échéance qu'il présente comme un engagement ferme.
L'intégration des aspirations de la jeunesse
La jeunesse malgache, moteur des mouvements de contestation récents, occupe une place centrale dans cette stratégie. Bien que le pouvoir soit actuellement exercé par des acteurs politiques traditionnels, le colonel Randrianirina affirme vouloir intégrer les jeunes dans le processus de décision. Ces derniers, consultés spécifiquement, ont exprimé une volonté unanime : privilégier la réforme structurelle et constitutionnelle avant toute nouvelle échéance électorale. Cette priorité donnée à la refondation sur la précipitation électorale constitue, selon le dirigeant, une réponse directe aux revendications de la génération Z.
Défis immédiats et risques politiques
Si la vision est à long terme, le gouvernement doit simultanément gérer des urgences quotidiennes critiques, notamment l'accès à l'eau, à l'électricité et l'état des infrastructures. Le colonel Randrianirina admet que l'action actuelle se limite souvent à « colmater » les brèches pour assurer la survie des populations les plus précaires. Conscient de l'ampleur de la tâche et des résistances qu'il suscite, il reconnaît que sa démarche l'expose personnellement, tout en affirmant que sa détermination repose sur la nécessité impérieuse de rompre avec les cycles de crise qui paralysent le développement du pays.