Depuis la rupture politique d'octobre 2025, les autorités de transition à Madagascar multiplient les déplacements internationaux pour obtenir une reconnaissance extérieure et des ressources. Cette stratégie diplomatique intensive soulève toutefois des questions cruciales sur la transparence des engagements pris et la légitimité d'un pouvoir qui n'a pas encore été validé par les urnes.
Une quête de légitimité sans mandat électoral
La transition actuelle, née d'une contestation populaire contre la corruption et la défaillance des services publics, a conduit à une prise de pouvoir sous l'arbitrage de l'armée et de la Haute Cour Constitutionnelle. Si la rue a exprimé une exigence de changement, elle n'a pas octroyé de mandat formel aux dirigeants actuels. La « Refondation » prônée par l'exécutif reste une aspiration non soumise au vote, plaçant le pays dans une situation d'exception où la légitimité démocratique demeure l'angle mort de la gouvernance.
La diplomatie des intérêts et ses zones d'ombre
La multiplication des missions diplomatiques à Moscou, Paris, Pékin ou Washington témoigne d'une volonté de diversifier les appuis. Si ces partenariats permettent d'attirer des investissements, notamment dans les infrastructures, l'énergie et la défense, ils manquent cruellement de transparence. Les accords de coopération sécuritaire, incluant la livraison de drones ou la présence de formateurs militaires, sont conclus sans débat public ni contrôle parlementaire. Cette opacité fait craindre que la recherche de stabilité ne se fasse au détriment de la souveraineté nationale et du contrôle civil sur les forces de sécurité.
Le risque d'un cycle de crise perpétuel
L'histoire politique récente de Madagascar montre une récurrence de mécanismes où la colère populaire mène à une rupture au sommet, suivie d'une recomposition des élites sous arbitrage militaire. Pour briser ce cycle, la diplomatie ne peut se limiter à des gestes de reconnaissance. L'engagement des partenaires internationaux doit être conditionné par des garanties tangibles : respect des droits fondamentaux, protection de l'espace civique et, surtout, tenue d'un calendrier électoral crédible et inclusif.
L'exigence de transparence comme garde-fou
La crédibilité de la transition se mesurera à sa capacité à rendre des comptes. Au-delà des annonces de financements ou de mémorandums, la population attend une gestion rigoureuse des fonds publics et une clarté totale sur les contreparties des accords internationaux. Sans une reddition de comptes effective et une inclusion réelle de la société civile dans le dialogue national, la multipolarité des alliances risque de ne faire que disperser les dépendances, sans pour autant renforcer la stabilité démocratique du pays.