Le lancement d'une concertation nationale à Madagascar, visant l'instauration d'une Ve République d'ici 2027, soulève une interrogation fondamentale : la crise actuelle nécessite-t-elle une refonte totale du texte constitutionnel ou une correction ciblée de ses mécanismes ? Si le chantier juridique est enclenché, il masque une réalité politique où chaque changement de pouvoir a historiquement conduit à une réécriture de la loi fondamentale à l'avantage des nouveaux dirigeants.
Le décalage entre colère sociale et réponse juridique
La contestation qui a secoué le pays en 2025 ne portait pas sur l'architecture institutionnelle, mais sur des besoins immédiats : accès aux services de base, lutte contre l'insécurité et fin de l'impunité. Transformer cette colère en un vaste projet de rédaction constitutionnelle suppose que le texte de 2010 soit la cause première des maux du pays. Or, les défaillances observées — qu'il s'agisse de la Haute Cour constitutionnelle, de la commission électorale ou de la décentralisation — relèvent davantage d'une pratique du pouvoir et d'un manque d'indépendance effective que d'une carence textuelle.
L'impératif de la stabilité institutionnelle
L'histoire constitutionnelle malgache est marquée par une instabilité chronique où chaque crise accouche d'une nouvelle charte. Cette habitude fragilise l'État, car une constitution tire sa légitimité de sa capacité à survivre à plusieurs majorités politiques. En remplaçant systématiquement le texte fondateur, le pays s'inscrit dans une logique de circonstance plutôt que dans une construction pérenne. La transition actuelle, en cherchant à légitimer le pouvoir en place par un nouveau référendum, risque de reproduire ce schéma où le vote devient un plébiscite pour l'auteur du texte plutôt qu'un choix de société.
Une alternative : la refondation ciblée
Plutôt qu'une réécriture globale, une voie plus exigeante consisterait à instaurer des verrous constitutionnels inamovibles. Cela inclurait des majorités qualifiées pour la nomination des juges, une indépendance accrue des organes électoraux et des limites strictes aux pouvoirs présidentiels. Cette approche permettrait de réparer les failles du système actuel sans offrir au pouvoir en place l'opportunité de façonner un texte à sa mesure. Une telle démarche, axée sur des questions intelligibles pour les citoyens, transformerait la crise en une opportunité de consolidation démocratique durable.
Les limites d'une adaptation culturelle
L'idée d'une constitution « originale », ancrée dans les coutumes malgaches, est souvent avancée pour favoriser l'appropriation citoyenne. Toutefois, l'expérience montre que les valeurs traditionnelles, bien qu'invoquées dans les textes précédents, n'ont pas empêché les abus de pouvoir. La priorité ne réside pas dans le style ou l'origine du jargon juridique, mais dans la capacité du texte à contraindre les dirigeants et à garantir l'effectivité des contre-pouvoirs. Sans mécanismes de sanction réelle et sans une volonté politique de respecter les institutions, tout nouveau texte, aussi culturellement adapté soit-il, risque de subir le même sort que ses prédécesseurs.