Alors que l'objectif d'éradiquer la transmission du VIH d'ici 2030 semble s'éloigner, Jean-Luc Romero, président de Sida Info Service, tire la sonnette d'alarme. Entre baisse des financements publics et persistance d'une stigmatisation sociale profonde, le militant appelle à une mobilisation politique urgente pour briser les tabous et renforcer la prévention.
Un recul inquiétant des moyens financiers
Le bilan dressé par Jean-Luc Romero souligne une déconnexion croissante entre la réalité épidémiologique et l'action publique. En France, plus de 200 000 personnes vivent avec le VIH, avec environ 5 000 nouvelles contaminations recensées chaque année. Malgré ces chiffres, le soutien financier s'effrite : en 2025, la France a réduit de 60 % ses crédits alloués au Fonds mondial contre le sida. Cette tendance, couplée à une visibilité politique en berne, menace les dispositifs essentiels comme les lignes d'écoute, qui traitent encore 300 à 400 appels quotidiens.
La lutte contre la sérophobie : un enjeu législatif
Au-delà des enjeux médicaux, la stigmatisation reste un frein majeur à la santé publique. Malgré les avancées thérapeutiques permettant aux personnes séropositives d'avoir une espérance de vie normale et de ne plus transmettre le virus, le poids du regard social demeure une violence quotidienne. Une proposition de loi, portée par la sénatrice Anne Souyris, vise désormais à faire du statut sérologique un critère protégé contre les discriminations. L'objectif est de combattre la « sérophobie » qui empêche encore aujourd'hui de nombreuses personnes de vivre sereinement leur statut.
Prévention et réalités du chemsex
Le débat public sur la santé sexuelle est également marqué par la question du « chemsex » (pratique sexuelle sous l'emprise de substances psychoactives). Si l'Assemblée nationale a adopté en mars 2025 une résolution pour une stratégie nationale de prévention, les acteurs de terrain jugent les moyens déployés insuffisants. Jean-Luc Romero déplore une approche médiatique souvent réduite aux faits divers, qui occulte les besoins réels de prévention au sein des populations concernées. Il insiste sur la nécessité de sortir du déni pour mettre en place des politiques de réduction des risques adaptées, plutôt que de stigmatiser des pratiques qui touchent une part significative de la population.