La révélation par une enquête journalistique de l'usurpation du titre de professeur par Anthony Kila, pro-chancelier de la Michael and Cecilia Ibru University (MCIU), a provoqué une onde de choc au sein de l'opinion publique nigériane. Cette affaire met en lumière les failles dans la vérification des parcours académiques des personnalités régulièrement invitées dans les médias et occupant des postes de haute responsabilité.
Une imposture académique documentée
Pendant plusieurs années, Anthony Kila a été présenté dans les médias et sur les sites institutionnels, notamment ceux de la MCIU et du Commonwealth Institute of Advanced and Professional Studies (CIAPS), comme un professeur titulaire, se prévalant parfois du titre de « Jean Monnet professor ». L'enquête a pourtant démontré l'inexistence de l'institution britannique, le European Centre for Advanced and Professional Studies (ECAPS), qui lui aurait décerné ce titre en 2016. Par ailleurs, l'agence européenne en charge du programme Jean Monnet a confirmé qu'il ne figurait dans aucun répertoire officiel de coordinateurs de projets. L'analyse de son profil Google Scholar a également révélé que sur 22 travaux listés, neuf ne lui appartenaient pas, et qu'aucun article ne pouvait être identifié comme une publication évaluée par des pairs dans des revues académiques reconnues.
La responsabilité des médias et des institutions
La polémique souligne une défaillance systémique dans le contrôle des références des intervenants publics. De nombreux citoyens ont exprimé leur stupéfaction face à la facilité avec laquelle un titre académique usurpé a pu être utilisé pendant des années sans vérification préalable par les organisations médiatiques. Cette absence de due diligence a permis à M. Kila de s'imposer comme une voix autorisée sur les questions universitaires, alors même que ses qualifications ne reposaient sur aucun fondement académique vérifiable.
Un appel à l'assainissement du secteur éducatif
Au-delà du cas individuel, les réactions sur les réseaux sociaux témoignent d'une inquiétude croissante concernant l'intégrité du système éducatif nigérian. Des voix s'élèvent pour réclamer une intervention de la Commission nationale des universités (NUC) afin de mener un audit rigoureux des titres académiques en circulation. Pour de nombreux observateurs, cette affaire n'est que la partie émergée d'un phénomène plus large de fraude aux diplômes et aux titres, nécessitant une régulation plus stricte pour protéger la crédibilité des institutions d'enseignement supérieur du pays.