Le milieu littéraire français est secoué par des accusations visant Thélyson Orélien, lauréat du récent Prix du Roman Fnac pour son ouvrage C’était ça ou mourir. Un collectif anonyme affirme que ce récit, finaliste des prestigieux prix Goncourt et Renaudot, aurait été généré par une intelligence artificielle, relançant le débat sur l'authenticité de la création artistique à l'ère numérique.
Des accusations basées sur des outils de détection
Le collectif Balance ton Claude a publiquement mis en cause l'intégrité de l'œuvre, affirmant s'appuyer sur le logiciel Pangram pour identifier des motifs linguistiques propres aux modèles d'IA. Selon ce groupe, les analyses effectuées sur plusieurs extraits du manuscrit indiqueraient une origine artificielle quasi totale. Ces outils de détection, qui reposent sur des calculs de probabilités statistiques plutôt que sur la recherche de plagiat, sont toutefois au cœur d'une controverse scientifique. De nombreux experts soulignent leur manque de fiabilité, notant qu'ils peuvent confondre des styles littéraires singuliers ou des rythmes linguistiques spécifiques avec des structures générées par des machines.
La défense de l'auteur et de son éditeur
Face à ces allégations, Thélyson Orélien a fermement démenti, invoquant l'ancrage culturel de son récit. L'auteur, né en Haïti et installé au Canada, souligne que les répétitions et les images présentes dans son texte sont le fruit de son héritage caribéen et de son propre travail d'écriture. Il a précisé que la première ébauche du roman remonte à 2019, une période précédant la démocratisation des outils génératifs actuels. La maison d'édition Grasset a également pris position, qualifiant les accusations d'injurieuses et réaffirmant le caractère original et puissant de ce texte, qui retrace le parcours d'un enseignant fuyant la violence des gangs en Haïti.
Un enjeu croissant pour le monde de l'édition
Cet incident s'inscrit dans une série de polémiques internationales concernant l'usage de l'IA dans la création littéraire. Si des cas précédents, comme celui de l'écrivain trinidadien Jamir Nazir, ont montré que des accusations similaires pouvaient être infirmées après examen, la question de la frontière entre assistance technologique et création pure demeure entière. Alors que le roman de Thélyson Orélien est promis à une traduction dans une vingtaine de langues, cette affaire illustre la difficulté pour les institutions culturelles de définir des critères d'authenticité acceptables dans un contexte où l'intelligence artificielle devient un outil de plus en plus intégré aux processus de rédaction et de révision.