Une étude menée par l'Université de l'Énergie et des Ressources Naturelles (UENR) au Ghana apporte une caution scientifique décisive à l'usage de l'urine fermentée comme herbicide naturel. Cette recherche, soutenue par le Ghana Agroecology Movement (GAEM), offre une alternative crédible au glyphosate, répondant à la fois aux impératifs de santé publique et à la nécessité de restaurer la santé des sols.
Une réponse scientifique à une crise sanitaire agricole
Face à la dépendance croissante aux herbicides de synthèse, de nombreux agriculteurs ghanéens ont rapporté des problèmes de santé graves, allant de détresse respiratoire à des malaises sévères après épandage. Le GAEM, via des organisations comme CIKOD et ActionAid Ghana, a cherché à dépasser le stade des témoignages empiriques pour influencer les politiques agricoles nationales. En mai 2025, l'UENR a donc été mandatée pour évaluer rigoureusement l'impact de l'urine fermentée sur la suppression des mauvaises herbes, la qualité des sols et la sécurité sanitaire des cultures, en utilisant la carotte comme bio-indicateur.
Des résultats probants pour la sécurité alimentaire
Les conclusions de l'agronome Kwadwo Gyasi Santo sont sans appel : l'urine fermentée permet un contrôle efficace des adventices sans altérer les propriétés physico-chimiques du sol ni compromettre la qualité des récoltes. Les analyses ont confirmé l'absence de métaux lourds dans les parties comestibles des plantes, validant ainsi cette pratique comme une solution viable et sécurisée pour les producteurs. Cette méthode permet non seulement de réduire les coûts de production, mais aussi de limiter l'exposition des agriculteurs aux produits chimiques toxiques.
Vers une transition agroécologique à grande échelle
L'origine de cette innovation est liée au parcours d'agriculteurs locaux comme Okpoapajor James, qui, après avoir frôlé la mort suite à l'utilisation de pesticides, a expérimenté cette alternative par nécessité. Aujourd'hui, le défi réside dans le passage à l'échelle. Les autorités agricoles locales, à l'instar de la direction de l'agriculture du district de Banda, appellent désormais à la création de fermes de démonstration pour convaincre les exploitants par l'observation directe.
Un levier pour l'économie circulaire
Au-delà de l'aspect agronomique, cette pratique s'inscrit dans une logique d'économie circulaire en transformant un déchet organique en ressource agricole précieuse. En réduisant la dépendance aux intrants importés, cette approche renforce l'autonomie des communautés rurales. Le GAEM et ses partenaires travaillent désormais à la diffusion de ces résultats à travers le pays, avec pour objectif ultime d'intégrer ces pratiques dans les politiques publiques pour garantir un avenir agricole durable et sans risque pour la santé des travailleurs du secteur.