Entre 2019 et 2025, les admissions aux urgences pour troubles mentaux chez les 6-17 ans en Angleterre ont augmenté de 36 %, avec des pics chez les plus jeunes. Un système saturé, des délais d’attente dépassant 12 heures et des professionnels alertant sur l’absence de filets de sécurité communautaires.
Des chiffres qui révèlent une crise structurelle
En 2025, 75 491 enfants et adolescents ont été pris en charge aux urgences pour des troubles mentaux, contre 55 525 en 2019. Cette hausse de 36 % contraste avec l’augmentation globale des passages aux urgences, limitée à 8 % sur la même période. Les six à neuf ans sont particulièrement touchés, avec des cas incluant automutilation, troubles du comportement alimentaire ou crises émotionnelles aiguës. Plus de 6 200 enfants ont attendu plus de 12 heures dans les services d’urgence, un chiffre jugé inacceptable par les professionnels.
Un système d’urgence détourné de sa vocation
Les pédiatres et urgentistes soulignent que les services d’urgence, conçus comme un filet de sécurité, ne sont pas adaptés à la prise en charge prolongée de mineurs en détresse psychique. Dr Sam Jones, de la Royal College of Paediatrics and Child Health, dénonce un « manque criant de soins communautaires et de structures de crise », forçant les familles à se tourner vers les urgences faute d’alternatives. « Derrière chaque chiffre se cache un enfant en souffrance et une famille désemparée », alerte-t-elle. Les enfants arrivent souvent accompagnés par leur famille, des aidants ou la police, certains présentant des comportements agressifs en raison de leur état.
Les acteurs appellent à une refonte des priorités
Les associations, comme Mind et Anna Freud, pointent du doigt un système où l’accès aux soins dépend du niveau de gravité perçu, excluant les enfants jugés « pas assez malades ». Gemma Byrne (Mind) plaide pour le développement de « hubs jeunesse », des espaces intégrant santé mentale, emploi et activités sociales, tandis que Claire Evans (Anna Freud) exige que la future stratégie nationale place les enfants au cœur des priorités. Le gouvernement, de son côté, promet des investissements dans les équipes de santé mentale scolaires et la création de plus de 150 nouveaux hubs communautaires, mais les professionnels jugent ces mesures insuffisantes sans une réforme globale.
Un enjeu de santé publique qui dépasse les frontières
Cette crise, bien que concentrée en Angleterre, reflète un phénomène plus large en Europe et dans les pays à revenus élevés, où les systèmes de santé mentale pédiatrique peinent à suivre l’augmentation des besoins. L’absence de données comparables pour d’autres pays africains souligne l’urgence d’investir dans des modèles préventifs et communautaires, plutôt que de dépendre des urgences comme unique recours. Les experts s’accordent sur un point : sans intervention urgente, la situation ne fera qu’empirer, avec des conséquences durables sur des générations entières.