La Commission européenne s'apprête à dévoiler, en décembre prochain, un nouvel instrument législatif visant à réduire la dépendance stratégique des entreprises de l'UE vis-à-vis de fournisseurs uniques. Si la Chine n'est pas explicitement nommée, ce dispositif répond directement aux récentes tensions géopolitiques ayant entraîné des blocages d'exportations de terres rares et de puces électroniques, essentiels aux industries européennes de la défense et du numérique.
Le défi du coût de la résilience
La perspective de cette réglementation suscite des inquiétudes au sein du secteur privé européen. Les entreprises, qui optimisent traditionnellement leurs coûts de production, craignent qu'une diversification forcée ne pèse lourdement sur leur compétitivité. Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce, a toutefois appelé les industriels à intégrer le « coût de la résilience » dans leurs modèles économiques, qualifiant les risques géopolitiques de facteurs centraux pour la pérennité des activités.
Entre pragmatisme et contraintes structurelles
Le débat porte désormais sur le périmètre d'application de cette mesure. Les représentants des entreprises, à l'instar de BusinessEurope, plaident pour une approche ciblée, soulignant que la diversification est parfois impossible à court terme, notamment pour les matières premières critiques où la Chine détient un quasi-monopole. L'enjeu est donc de distinguer les dépendances stratégiques vitales des flux commerciaux courants qui ne menacent pas la sécurité économique du bloc.
Deux scénarios pour une stratégie industrielle
Les experts envisagent deux trajectoires pour cet instrument. Le scénario « minimaliste » s'inspirerait de la politique énergétique post-2022, en imposant des obligations de diversification uniquement dans des secteurs ultra-critiques comme la défense, la santé ou les infrastructures électriques. À l'inverse, une approche « maximaliste » pourrait instaurer des droits de douane sur les produits importés au-delà d'un certain seuil auprès d'une source unique. Cette seconde option, bien que plus efficace pour forcer le changement, risquerait de provoquer une hausse généralisée des prix dans les secteurs technologiques et verts, impactant directement les consommateurs et les entreprises européennes.