Pour contrer la domination écrasante de SpaceX et de son réseau Starlink, l'Union européenne engage une restructuration majeure de son industrie spatiale. Le projet Bromo, fruit d'une alliance entre Airbus, Thales et Leonardo, bénéficiera d'une procédure d'approbation accélérée par Bruxelles afin de réduire la dépendance stratégique du continent aux technologies américaines.
Une réponse industrielle à l'hégémonie de Starlink
Le projet Bromo ambitionne de créer un champion européen capable de rivaliser avec les 11 000 satellites de la constellation Starlink. En fusionnant les activités satellitaires de trois fleurons industriels, l'Europe cherche à atteindre une taille critique pour produire des satellites en série, plus rapidement et à moindre coût. Cette nouvelle entité, dont la création est prévue pour le premier semestre 2027, pèsera environ 6,5 milliards d'euros et couvrira les télécommunications, l'observation de la Terre et les systèmes spatiaux complexes.
Souveraineté technologique et enjeux militaires
La nécessité de cette autonomie est devenue une priorité politique après que des restrictions d'utilisation de Starlink ont été imposées en Ukraine, limitant certaines opérations militaires. Cette situation a mis en lumière la vulnérabilité des nations dépendantes des décisions d'une entreprise privée américaine. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, voit en Bromo un pilier indispensable pour sécuriser l'économie spatiale européenne, alors que SpaceX contrôle aujourd'hui plus de la moitié des satellites en orbite.
Défis réglementaires et perspectives opérationnelles
Si Bruxelles soutient l'initiative, la commissaire à la concurrence, Teresa Ribera, a prévenu que le projet ne bénéficierait d'aucun traitement de faveur concernant les règles antitrust. Le dossier devra démontrer qu'il ne crée pas un monopole préjudiciable, une crainte déjà exprimée par certains syndicats et fournisseurs. Parallèlement, les travaux ont déjà débuté : Airbus et Thales Alenia Space ont lancé la production d'une première tranche de 66 satellites en orbite basse, dont la livraison est attendue pour 2029.
Le rôle complémentaire d'Eutelsat
Alors que Bromo se concentre sur la fabrication, l'opérateur français Eutelsat s'impose comme l'acteur opérationnel de cette stratégie. Avec sa constellation OneWeb, Eutelsat a vu son action bondir en Bourse, les investisseurs anticipant un recours accru aux solutions européennes pour les besoins stratégiques. Toutefois, avec environ 600 satellites, le groupe reste un acteur de niche face à la puissance de frappe de SpaceX, soulignant l'ampleur des investissements encore nécessaires pour espérer un véritable rééquilibrage du marché spatial mondial.