Pour prévenir une flambée des prix de l'énergie cet hiver, la Commission européenne envisage de reporter d'un an l'entrée en vigueur de sa réglementation sur les émissions de méthane liées aux importations d'hydrocarbures. Cette manœuvre diplomatique et économique vise à apaiser les tensions avec les États-Unis, dont les menaces de restreindre les exportations de diesel font peser un risque majeur sur le marché européen.
Un arbitrage entre climat et sécurité énergétique
Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jorgensen, a confirmé que si l'approvisionnement global ne semble pas menacé, le continent s'apprête à affronter des tarifs pétroliers et gaziers particulièrement élevés. En proposant de décaler de 2027 à 2028 l'application du « règlement méthane », Bruxelles cherche à lever une contrainte jugée excessive par les pays producteurs, et notamment par Washington. Cette loi, qui impose aux importateurs de surveiller et déclarer leurs émissions de gaz à effet de serre, est perçue par les États-Unis comme un frein direct à leurs exportations vers l'Europe.
La pression des stocks et de la consommation
La situation est rendue complexe par des niveaux de stockage de gaz jugés « exceptionnellement bas » par les autorités européennes. Selon les données de Gas Infrastructure Europe, les réserves atteignent actuellement 70 %, soit un recul de 12 points par rapport à la même période l'an dernier. Face à ce constat, le commissaire européen a exhorté les États membres à poursuivre les efforts de réduction de la demande en gaz et en électricité. Si la France, par la voix d'Emmanuel Macron, se veut rassurante sur sa capacité à remplir ses stocks à 80 % dans les prochaines semaines, la pression reste forte sur l'industrie et les ménages les plus précaires.
Des conséquences politiques divergentes
La proposition de report, qui doit encore être soumise au Parlement européen et aux États membres, suscite déjà des débats. Si elle est soutenue par une partie de l'exécutif français, elle est vivement critiquée par les organisations environnementales. Ces dernières estiment que ce délai ne garantira en rien une baisse des prix de l'énergie et dénoncent un affaiblissement de la politique climatique de l'Union. Le risque pour Bruxelles est double : céder sur ses ambitions écologiques sans pour autant obtenir la garantie d'une stabilité durable des prix sur les marchés mondiaux.