Le nouveau pacte européen sur l'asile et les migrations, entré en vigueur le 12 juin, cristallise les tensions au sein de l'Union européenne. Alors que plusieurs États membres réclament l'application stricte du règlement de Dublin pour renvoyer les demandeurs d'asile vers leur pays d'entrée, la France et l'Espagne se distinguent par une approche privilégiant la concertation diplomatique aux expulsions unilatérales.
La pression des États nordiques et centraux sur Rome
La Suède, emboîtant le pas à l'Allemagne, à la Suisse, à l'Autriche et à la Finlande, a officiellement réclamé le respect des obligations liées au pacte migratoire. Ces pays exigent que l'Italie reprenne les demandeurs d'asile arrivés initialement sur son sol. Selon les données d'Eurostat, plus de 109 000 demandes de transfert ont été adressées à Rome entre 2023 et 2025. Malgré un accord signé fin 2025 visant à annuler une partie de ces transferts, environ 10 000 dossiers restent en suspens, alimentant une crispation croissante entre les capitales européennes.
Le refus de la France et de l'Espagne d'agir unilatéralement
À l'opposé de cette ligne dure, Paris et Madrid refusent de procéder à des renvois systématiques vers l'Italie. La France justifie cette position par une volonté de maintenir une coopération étroite avec Rome, notamment sur la gestion des flux migratoires en provenance de Tunisie et de Libye. De son côté, le gouvernement espagnol privilégie les mécanismes de solidarité prévus par le nouveau cadre législatif européen, rejetant l'idée d'expulsions bilatérales isolées qui, selon lui, fragilisent la cohésion de l'Union.
L'impasse italienne face aux obligations européennes
L'Italie se retrouve dans une position complexe, ayant suspendu unilatéralement les transferts fin 2022. Bien qu'une décision de 2024 rappelle à Rome ses obligations, le gouvernement italien continue de rejeter les demandes, arguant de la nécessité de garantir des conditions d'accueil dignes. Cette situation est exacerbée par la suspension temporaire de l'espace Schengen à la frontière espagnole, une mesure qui alimente les critiques de l'opposition italienne. Pour les détracteurs de la Première ministre Giorgia Meloni, cette crise illustre l'échec d'une stratégie diplomatique qui, selon eux, se retourne désormais contre les intérêts nationaux italiens.
Les incertitudes du nouveau cadre législatif
Le nouveau pacte européen porte désormais à 20 mois la durée de responsabilité du premier pays d'entrée pour l'examen d'une demande d'asile. Si les autorités européennes espèrent accélérer le traitement des dossiers, le gouvernement italien souligne qu'il est encore prématuré d'évaluer l'efficacité réelle de ces mesures. Un premier bilan, attendu à la mi-octobre, permettra de déterminer si ces nouvelles règles permettront de désamorcer les tensions ou si elles accentueront les divisions sur la gestion des frontières communes.